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C’est sévère ! J’espère que Google ne le fait pas exprès ! Mais, je tape «EGPE » dans le moteur de recherche, et je tombe sur le site des… grands parents européens !

Plus sérieusement, la première séance du pôle Internet/numérique des Etats-Généraux de la Presse Ecrite s’est bien tenue hier jeudi. Mediapart a vite quitté la séance après avoir exposé ses raisons. Comme si ce pure player web n’était venu que pour dire qu’il claquait la porte !

Pour Bruno Patino, qui pilote le groupe, ce pôle n’est pas un groupe représentatif appelé à voter sur des propositions, mais un « groupe de réflexion, peut être un peu plus prospectif que les autres, qui tentera de parvenir à un diagnostic partagé et peut être à faire quelques propositions aux pouvoirs publics ». Le Forum des Sociétés des Journalistes, invité, était absent, mais des journalistes et des représentants du SNJ et de la CFDT sont restés autour de la table. Rue89, aussi, avant d’en rendre compte ici.

Parmi les premières contributions et remarques, j’ai été frappé par :
1/ La violence du choc causé, depuis l’été, chez les éditeurs, par l’impact de l’actuelle crise sur leurs revenus pub off et online.
2/ Le retard pris dans la prise de conscience des professionnels français face à l’autre choc, pourtant plus ancien : la déferlante numérique, qui secoue –depuis plusieurs années-- les médias traditionnels aux Etats-Unis ou même en Grande Bretagne.
C’est vrai que nous sommes, en général, touchés 18 mois après, mais tout de même, à l’heure d’Internet!

J’ai essayé de décrire sur MediaWatch comment McKinsey a mis les pieds dans le plat avec une description de la situation assez éloignée de la vision classique (la baisse de la diffusion est ancienne et maîtrisée, l’Internet est un canal de distribution de plus, blabla…).

Pour cette première séance, qui s’est achevée au milieu de l’exposé prometteur de l’universitaire François Mariet, il nous était demandé de voir ce qui manquait aujourd’hui aux entreprises de presse écrite pour être en phase avec cette nouvelle société du numérique.

Je crois, qu’en préalable, les gens qui lisent des journaux ne sont tout simplement pas de l’ère numérique et vont naturellement disparaître peu à peu. Les jeunes ne lisent pas (ou plus) les journaux. Nous parlons donc de deux mondes différents.

Pour être plus pertinentes dans la culture d’aujourd’hui, je crois qu’il manque aux entreprises de presse :

1 / UNE PRISE DE CONSCIENCE INDUSTRIELLE ET CULTURELLE

- Nous sommes toujours face à un déni général de la révolution numérique et des ruptures autour de nous. « Courbons le dos, laissons passer l’orage, ca ira mieux après ». Ou même « attendons le Web 3.0 ! ». Assez suicidaire dans ce genre de période de vraies révolutions !

- Face aussi à un déni plus général de l’effondrement des systèmes de production, de distribution et de consommation. Comme le déni, ces dernières années, de la folie des endettements, et de la crise écologique…

Comme si la presse, et les experts appelés dans ses colonnes à soutenir ses analyses, avait un intérêt à préserver le statu quo. Comme si aussi le temps manquait pour avoir le sens de la « big picture » et pour relier entre eux les différents points de la situation (« to connect the dots ») !

Il leur manque aussi, me semble-t-il :

2/ UNE ATTITUDE OFFENSIVE (au lieu de défensive) COTE CONTENUS

Pour des sujets qui intéressent les jeunes, ces natifs de l’ère numérique.
La presse a 15 ans de retard sur la société ! Il y a une vraie déconnexion croissante entre les médias et le public, qui se sent trahi et retire sa confiance. Pour les plus jeunes, c’est encore plus simple, ils désertent.

Combien de sujets ratés ou mouvements de société manqués par les médias traditionnels ! Exemples : le phénomène du « peak oil », les non(s) aux référendums européens, les tensions dans les banlieues, les prises de risques excessifs des opérateurs financiers, le recul des expertises scientifiques dans les pays occidentaux, la montée du localisme, le déclin du top-down dans les entreprises, le coût pour la société de la détérioration de la planète, l’erreur des bio fuels, l’apparition d’une crise alimentaire, la fin des mass-media & des cultures de masse, l’absence de prise de conscience des médias de leur propre déclin et influence, etc…

Pour une nouvelle attitude éditoriale :

- Pour mettre fin au journalisme de magistère et professoral, insupportables dans un nouveau monde de l’intelligence collective, du partage, de l’open source, de l’interactivité et de la conversation.

- Pour une nouvelle conscience éthique vis-à-vis des pouvoirs économiques et politiques. Les liens restent trop étroits entre les politiques et les médias.

- Pour une nouvelle organisation éditoriale : arrêter l’organisation en silos, en rubriques dépassées, essayer de voir comment, justement, «connect the dots ». Cf. les liens pas faits entre crises financière, énergétique et climatique. S’ouvrir bien davantage aux experts et au public.

- Pour une nouvelle culture économique, financière, internationale, technologique, voire entrepreneuriale des rédactions.

- Pour sortir les jeunes et la société de la tendance croissante de se regrouper par affinités. Le tunnel de news, favorisé par Internet, où la tendance est grande de ne s’informer que sur ses sujets de prédilection. Il faut pouvoir proposer de nouveau « l’heureux hasard », la chance dans la découverte de choix éditoriaux assumés. Le contrat de lecture proposé jusqu’ici par les quotidiens ou les magazines.


COTE BUSINESS AUSSI !

Pour une nouvelle attitude business :

- Tout le monde devrait maintenant savoir que ce n’est plus « business as usual ».

- Arrêter de penser uniquement « marque ». Des marques si merveilleuses qu’on croit que les gens vont se diriger naturellement sur son site web et que la pub arrivera toute seule ! Aujourd’hui, si vous attendez que les gens viennent, vous avez perdu ! Vous devez être là où les gens sont. C’est aussi là que la pub sera ! « L’information finira bien par me trouver », disent les jeunes. C’est eux qui décident !

- Ne plus être mono média : les comptes n’y sont tout simplement plus. Organiser vite la transition vers le tout multimédia.

- Créer des contenus de niches, en associant professionnels et amateurs.

- Continuer à expérimenter, à essayer.

En somme, pas un ajustement mais une transformation radicale. Se réinventer donc !

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Emmanuelle Garnaud-Gamache Commentaire par Emmanuelle Garnaud-Gamache le 29 Octobre 2008 à 9 32
on peut aussi parler de "multi-plateformes"... quoi qu'il en soit, merci Eric pour ce compte-rendu qui nous fait vivre les États généraux de plus près et en plus "vrai"( EGPE, pas étonnant que Google refuse, il suffit de sortir du pays pour comprendre à quel point ce type de raccourci est typiquement français ! ). Totalement d'accord avec la double nécessité offensive: ma double culture canadienne/ française m'a souvent amenée à constater le "gap" qui se creuse entre une presse française accrochée à ses acquis ( autre mal français ) et la presse nord-américaine qui, à défaut d'avoir la recette miracle ne cesse d'essayer, comme le suggère la conclusion de votre note. et merci aussi à Emmanuel, qui m'a permis d'arriver sur ce compte-rendu / analyse.
Alain Giraudo Commentaire par Alain Giraudo le 27 Octobre 2008 à 11 26
Je partage complètement cette analyse. je voudrais simplement attirer l'attention sur une question de terminologie que soulève justement wikipedia: " l’approche cross média suggère une interaction asynchrone et assez large avec l’ensemble des médias. À ne pas confondre avec le multimédia qui concentre le son, le texte et la vidéo sur un seul support digital (DVD, CD-ROM) et dont l’interactivité avec le reste des médias est souvent très limitée)". Je crois que ce n'est pas un simple pinaillage...

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