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Jeff Mignon

Pro Publica ou la philantropie comme modèle pour le journalisme d'investigation ?

Pro Publica est un site de journalisme d'investigation à but non lucratif, lancé officiellement ce 11 juin. L'un des premiers du genre à ma connaissance. Son financement : la philantropie. En particulier, la fondation Sandler qui finance aussi Human Right Watch et American Civil Liberties Union (détail de l'histoire ici dans le NYT). Paul Steiger, managing editor du Wall Street Journal pendant quinze ans, en dirige la rédaction. Une rédaction composée de top journalistes.

L'équipe part d'un constat : "The business crisis in publishing and—not unrelated—the revolution in publishing technology are having a number of wide-ranging effects. Among these are that the creation of original journalism in the public interest, and particularly the form that has come to be known as “investigative reporting,” is being squeezed down, and in some cases out." Autrement dit : le marché a de plus en plus de mal à faire vivre le journalisme d'enquête.

La philantropie est un modèle dont parlent certains journalistes américains, depuis plusieurs années, pour sauvegarder ce type de journalisme. Je n'en ai, personnellement, pas entendu parlée dans d'autres pays. Il faut dire que ce mode de financement est commun aux États-Unis. Le législateur ayant mis en place d'importantes incitations fiscales.

J'avais essayé d'aborder ce sujet dans un post, il y a quelques semaines. Hélas! sans trop de succès. Je le relance donc ici.

C'est le modèle d'affaire que je suivrais, par exemple, pour un site comme Médiapart, le site français lancé par quatre journalistes : François Bonnet, Gérard Desportes, Laurent Mauduit et Edwy Plenel. Équipe dont je salue le courage et la volonté d'entreprendre dans un secteur en chute libre. Mais dont j'ai malheureusement peur qu'elle s'essouffle à chercher des abonnés payants.

Nicolas Sarkozy propose, en France, des États généraux de la presse. Il serait bien d'y débattre d'un système de fondations philantropiques à l'américaine et des incitations fiscales supplémentaires à mettre en place pour que ce système vive et se développe. Cela, d'ailleurs, bénéficierait à d'autres secteurs où la logique de marché ne fonctionne plus ou, en tout cas, pas très bien. Qu'en dites-vous ? Voyez-vous d'autres solutions ?

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pierre vennat Commentaire par pierre vennat le 16 Juin 2008 à 9 40
Vous avez raison pour le Canard. Je voulais juste dire que le journalisme d'enquête est possible dnas les médias et que mes confrères actuels le font en consultant toutes les sources possibles y compris l'Internet sous toutes ses formes.

Moi j'ai cessé d'en faire vers 1990, étant devenu un genre de cadre et prof pour les jeunes journalsites à compter de cette date jusq2u'à ma retraite en 2002.

Mais bon, je suis disposé à apprendre.

Je termine (j'ai été trop long) en disant que journaliste, blogueur, informaticien ou quelque métier, le défaut de trop de gens (ça a été le mien souvent d'ailleurs, mais je me soigne... c'est de croire tout savoir, de vouloir enseigner aux autres, mais de ne pas être prêt à avouer (surtout publiquement,c eq ui demande une certaine dose d'humilité) son ignorance. Bref, on ne veut pas assez apprendre. Et on croit touit savoir. (Vous comprenez que je ne vous vise pas personnellement).

On m'a souvent demandé (surtouot les Français, pour qui on dirait qu'il faut toujurs chjoisir): etez-vous de droite ou de gauche? Pour le socialisme ou le capitalisme? Agnostique ou d'une religion?

Et je réponds: ma doctrine, c'est le "doute". Je ne suis jamais certain de rien... Je crosi à une chose jusqu'à ce que l'on me démontre le contraire.

J'aborde le journalisme, les blogues, tout comme cela. Et je crois que cela devrait ètre l'attitude de tous.

Je crois que c'est ma formation d'historien qui m'incidte ainsi.
Ce qu'on raconte est ce qu'on croit être la vérité, jusqu'à ce qu'on découvre des faits nouveaux qu'on doit toujours chercher.

Pierre Vennat
Nicolas Kayser-Bril Commentaire par Nicolas Kayser-Bril le 16 Juin 2008 à 1 47
@pierre vennat,

Sans vouloir troller, le "Canard" montre quand même qu'on peut faire de l'investigation en France, non? Malgré sa marge d'exploitation à faire rêver Murdoch, les manageurs ne comprennent toujours pas que l'investigation est rentable.

Quant à ProPublica, Steiger et des dinosaures du papier risquent de vouloir calquer sur le web ce qu'ils faisaient hors-ligne. Au WSJ, Steiger n'a par exemple jamais (à ma connaissance) fait d'expérience avec de l'user-generated-content.

Ils risquent de passer à côté des avantages du web, de sa dimension collaborative (prendre exemple sur Wikileaks). Regardez les sources des articles de ProPublica: uniquement des journaux installés+AP+le gouvernement. Pas vraiment novateur.

Ils risquent aussi d'être moins efficients que des pure-players et de gaspiller l'argent du mécène. TechCrunch marge par exemple aux alentours de 150% alors que les rédactions en ligne doivent tourner autour de - 60%. Autant de ressources qui auraient pu passer dans l'investigation.
pierre vennat Commentaire par pierre vennat le 15 Juin 2008 à 18 37
Je viens de lire le commentaire de Nicolas Kayser-Ril publié il y a un mois (je n'étais pas encore adhérent de Médiachroniques alors, donc je le lis pour la première fois).
Ca me semble en effet très prometteur.
Un simple constat: Monsieur Kayser-Bril émet lui aussi le commentaire "pas très prometteur" parce que le fonds en question viendrait de "médias tradionnels".
Ca semble un dada chez plusieurs correspondants européens de ce blogue (en fait les Européens et surtout les Français semblent être enmajorité sur ce blogue, j'ai rien contre, je constate).
Je m'interroge sur cette méfiance (je n'ose écrire hargne) contre les médias traditonnels.
Est-ce par ce que, règle générale, les médias français, qu'ils sont de gauche, de droite, bref le Monde tout autant que la Croix, l'Humanité tout autant que Libération ou le Figaro font tre`s peu de véritable journalisme d'enquête, sont trop complaisants?
Aux États-Unis et au Canada (tant anglais qu'au Qubéec francophone), les médias (qui ne sont pas comme chez vous inféodés à des partis politiques ou "de droite" ou de "gauche" mais plutôt du "centre" (quand ils n'ont pas une tendance "magasin à rayons" avec des chroniqueurs de gauche et de droite qui se contredisent dans le même journal de fa^con à plaire à tout le monde0 font beaucoup plus de journalisme d'enquête (et de bonnes enquêtes) que chez vous.
On me dit que le Watergate (le fameux coup du Washington Post, carl Bernstein et Bob Woodward, assistés bien sur d eplusieur sautres médias (dont le New Yori Times) aurait été impossible en France. (Même avec les fameux diamants de Bosaka à VGE).
Au Canada et au québec, on vient d'avoir la tête du ministre des Affaires extérieuires, non pas pour le plaisir de la chose mais parce que des journalistes (dont ceux de mon journal (en fait mon ancien, mais on fait pas 45 ans dans une maison sans avoir un sentiment d'appartenance) ont après enquête, découvert que la conjointe du ministre, qui l'avait même accompagné voir George Bush, avait eu un premier conjoint qui s'est fait assassiner, un deuxième qui est actuellement en prison pour trafic de drogue, avait été la maîtresse d'un mafisosi et présenté au ministre (pour en devenir la conjointe) par un autre ancien amant (elle en collectionnait) qui était chef de cabinet d'una autre ministre mais qui, en plus représentait d'importants intérêts immobiliers. Le but était non pas (comme on l'avait cru au début) que la dame fasse de l'espionnage mais bien qu'elle fasse pression auprès du ministre en faveur des intérêts de ses amis et amants afin qu'ils obtiennent de très lucratifs contrats pour construire des édifices gouvernementaux sur des terrains dont ils étaient propriétaires.
Qui a sorti cela? Des médias traditionnels (presse écrite et télévisée).
Et le tirage des journaux a augmenté pendant les semaines où cette affaire a fait les manchettes, la cote des bulletins de nouvelles (et éditions spéciales, car il y en a eu, puisque nous avons chez nous les réseaux de nouvelles continues à la télé) ont vu leur cote de nouvelels augmenter.
Sans compter que cela a créé une saine émulation au sein de journalistes concurrents (comme dans le cas du watergate dans les années 1970...)
Un exemple que les journalistes français auraient avantage à suivre plus souvent.
On note aussi que les fraudeurs économiques et banquiers frauduleux qui ont été condamnés récemment aux USA et au Canada (notamment le fameux Conrad Black, ancien propriétaire de plusieurs journaux au Canada (dont certains francophones), du Jerusalem Post, et du London Telegraph, lord britannique, etc., l'ont été suite à des enquêtes de journalistes économiques.
Bref, mon cher Nicolas Kayer-Bril, les médias traditonnels "font leur job" comme on dit ici en fait de journalisme d'enquête. Comprends mal que vous trouviez pas cela "prometteur".
pierre vennat
vieux routier du journalisme
et ex-journaliste d'enquête canadien
Nicolas Kayser-Bril Commentaire par Nicolas Kayser-Bril le 15 Juin 2008 à 16 38
ProPublica ressemble à s'y méprendre au journalisme patronné comme on en a chez nous. La seule différence ici: le mécène est un militant démocrate au lieu d'être un industriel.

Pour révolutionner le journalisme d'investigation, Spot.us (dont j'avais parlé le mois dernier) semble beaucoup plus prometteur.
Philippe Couve Commentaire par Philippe Couve le 15 Juin 2008 à 5 03
Au risque de l'auto-promotion, pour éclairer la démarche de Pro Publica, je vous propose un lien vers l'une des rares interviews du patron (Paul Steiger) réalisée par un média francophone.
pierre vennat Commentaire par pierre vennat le 13 Juin 2008 à 11 39
Il n'y a pas (à ma connaissance) au Canada et au Québec de fondation qui financent comme tel le journalisme d'enquête. Mais il y a de plus en plus de fondations indépendantes qui donnent des prix (assez substantiels) qui récompensent chaque année les meilleures enquëtes journalistiques (genre disons le Watergate américain de bob woodward et Carl Bernstein aux USA qui avaient fait tomber Nixon). On a eu des enquêtes de ce genre (au Canada tout entier et au Québec en particulier) , des ministres qui sont tombés suite à des scandales, et puis surtout (pour les lecteurs et gens ordinaires) des scandales financier squi ont été découverts grace à des journalistes ewt des financiers et banquiers privés frauduleux (Vincent Lacroix et son Norbourg entre autres) jetés en prison (pur 12 ans) suite à ces enquêtes. Ou encore "le scandale des commandites" et l'enquête du juge John Gomery (lecteurs europèns, aller voir sur Internet. J'ai pas le goût de tout rappeler cela ici, c,es tpas mon propos).
Mon propos, c'est que l'encouragement au journalisme d'enqiu¸ete existe (avec ces prix, les lauréats, règle générqle, se lancent dans une seconde enqu«ête ou un complémetn ou la publication d'un lvire (ca paie moins au Québec et au Canada qu'aux USa mais souvent ces livres de journalistes rapportent à leur auteur des droits d'auteur intéressants. Certains recoivent même une "avance".
Curieuix d'ailleurs que l'on discute si peu du livre ici. Le livre (par des journalistes notamment) est un média. Les mémoires, les biographies d,homes publics et de vedettes sont des "outils d,information".
eT qu'on me dise pas que le livre ne se vend pas pour les lecteur sintéressés.
Les journaux se lisent moins (les magazines aussi), mais les salons du livre attirnt des foules record (en tout cas au québec mais je suis allé comme auteur au salon du livre de paris et à la foire du lvire de brive (aussi de franc fort mais là c'est différent, c'est la vente de droit sinternationaux) et ca fait foule.
Bref il y a encouragement au journalisme d'enquête.
Mais l'ennui c,es tqu ele livre (ou le reportage télévisé, ou le film à la Michael Moore aux États-Unis) ne rapporte qu'une fois l'enquête terminée (ouo pour une deuxième enquête). Et qu'il manque donc de fonds pour quelques fois entreprendre la première enquête. (Encore queles journaux trouvent très lucratif lejournalisme d'enquête). On n'aqu'à penser au scandale de Maxime Bernier-Julie Couillard au québec et Canda présentement. Le ministre des Affaires étrangère sdu canada qui avait une maitresse veuve d'un bandit assasiné, divorcée d'un bandit en prison, ex-maitresse d,un attaché politique du ministre des Travaux publics (contrats lucratifs) et qui était devenue la conjonte du ministre des Affaires étrangères qui avait apporté chez sa maitresse des documents secrets et les avait oublié. Une affaire qui rappelle le scandale Profumo de Grand-eBretagne (avec Christine Keller) il y a quelques années.
Bon alors les journaux, la télé s'en donnent à coeur de joie et s'arrachent la donzelle mafiosi qui couche a vec tout le monde et a des "attouts photogéniques" indéniables (ca donne de belle sphotos et des tas de caricature).
Bref le journalisme d'enquête est payant, les lecteurs raffolent de ce genre d'histoire.
Une fondation aiderait à en dénicher d'autres.
Pas tant pour faire du fric et faire vendre des canafds, des livres ou des émissions de télé.
Mais surtout pour dénicher et dénoncer les ripoux. Crois encore au journalisme pour changer le monde, moi. Mais faut avoir les moyens pour faire des enquêtes.
Pierre Vennat
Eric Mettout Commentaire par Eric Mettout le 13 Juin 2008 à 9 05
Bonjour Jeff,
Le mécénat pour faire de l'art, pourquoi pas. Pour nourrir l'information ? Ca me paraît à la fois utopique (mais j'espère pour Pro Publica que je me trompe) et vaguement risqué: un média capitaliste traditionnel peut jouer avec ses financements croisés pour éviter la main-mise d'un seul, les médias publics sont a priori protégés par le contrôle théorique des citoyens sur l'utilisation de leurs impôts, mais quid d'un média dépendant du bon vouloir de portes-monnaie en nombre limité? Et puis, n'est-ce pas une façon de ne pas affronter la crise de la presse, pas seulement financière mais aussi éditoriale: le journalisme d'investigation fait encore vendre, s'il rencontre son public. Le Canard, chez nous, s'en sort très bien sans ces acrobaties. Et je ne suis pas certain que les problèmes de Médiapart viennent uniquement de son modèle économique.
manuel Atréide Commentaire par manuel Atréide le 13 Juin 2008 à 8 43
@toutes et tous ...

Carlo Revelli, fondateur d'Agoravox.fr a annoncé qu'il mettait en place dans les jours prochains une fondation afin de garantir le financement et l'indépendance du média participatif. Le fait que la fondation se crée en Belgique devrait attirer l'attention des professionnels intéressés par ce mode de fonctionnement car il révèle la difficulté de créer ce genre d'institution en France et les obligations légales qu'elles impliquent, notamment la présence nécessaire d'un représentant du Ministère de l'Intérieur au Conseil d'Administration.

Peut-on raisonnablement envisager que le pouvoir politique puisse avoir son mot à dire dans les orientations d'un média ? C. Revelli a estimé que non. C'est à mon avis un des freins à la mise en place de telles solutions en France, si je mets de coté les questions sur la viabilité financière de ces fondations étant donné le peu de culture philantropique de la société française.

Pourtant, les français sont loin d'être avares et donnent volontiers pour de grandes causes. Saura-t-on mettre en place des institutions à l'abri de toutes pressions, politiques ou économiques, et persuader notre peuple que l'indépendance des organes d'information est une grande cause ?

Là est la question, non ?

Manuel Atréide

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