"Tandis qu'en France, crise oblige, les journalistes continuent de regarder d'un oeil méfiant les blogueurs, ces "médias amateurs", aux Etats-Unis, la société des journalistes professionnels organise des sessions à 25$ la journée pour former les blogueurs aux bases... de leur métier!"
Lu chez
Benoit Raphael
La formation dispensée, décidemment pas très chère, insiste sur les classiques du journalisme ("éthique journalistique", "où trouver les bonnes infos", etc.)
Benoit est le rédacteur en chef de Lepost, le Media 2.0 du Monde, une variante de Digg-like piloté par des journalistes, qui semble marcher plutôt bien.
Je vous invite à lire la suite du post sur le blog de Benoit ("Demain tous journalistes")
Quand les journalistes apprennent aux blogueurs à devenir des médias
(Publié aussi sur mediachroniques, un blog collectif à base Ning où s'expriment Francis Pisani, Philippe Couve, Jeff Mignon, Benoit Raphael, et Catherine Lottier de Canal Plus)
Le mur de Berlin est tombé
De mon côté, je pense que le mur de Berlin qui sépare journalistes et bloggeurs est déja tombé.
Les meilleurs bloggeurs construisent des medias, dont la crédibilité repose déja, comme celle des médias traditionnels, sur l'expertise et ... sur la marque!
Des marques comme Techcrunch, GigaOM, Mashable, Dailykos aux US... et aussi Scobble ou Jeff Jarvis (ah oui! une différence quand même, certaines marques de blogs sont des personnes, plus connues que leurs blogs: les blogs voient le triomphe de l'ego-marketing)
Versac, Presse-Citron, Embruns, AccessOweb ou même Morandini en France (et bien d'autres).
La distinction entre bloggeur et journaliste est devenue floue. Si la plupart des bloggeurs ne sont pas payés, la dimension commerciale n'est cependant pas absente des blogs, au point qu'on dit des bloggeurs qu'ils sont des "intellectuels commerciaux".
Ego-marketing et Google-mining
Nicolas (
Versac) ou
Cavazza sont consultants, l'un en com, l'autre en design.
Ouriel conseille des VCs. L'avocat
Eolas fait son marketing (et moi aussi). Les blogs, c'est aussi le Google-mining, dont procède l'industrie de blogs trash/people,
chauffeur de buzz et ses imitateurs. Les milliers de bloggeurs qui participent aux réseaux de monétisation, pub et posts sponsorisés.
Et puis les blogs de journalistes
se multiplient!
Que reste-t-il vraiment pour différencier bloggeurs et journalistes ? si ce n'est une question de génération, de business model, de mots et peut-être de valeurs: le disclaimer étant aux bloggeurs ce que la déontologie est aux journalistes. Les bloggeurs ont moins souvent peur du business que les journalistes, (pardon j'allais écrire 'que leurs prédécesseurs').
Ensuite, bien sûr, il faudrait discuter des pratiques différentes entre les journalistes et les bloggeurs: importance de la conversation, du réseau, des liens, du temps passé sur Internet tout simplement ...
On peut se demander si l'avenir de la profession de journaliste n'est pas tout simplement: bloggeur.
PS: je suggèrerais volontiers un nom pour un blog à créer: "Demain tous bloggeurs"
(Billet publié sur mon blog:
Kelblog)
Et si l'avenir bouchait était moins l'apanage des journalistes que celui des rédactions et par là même, des éditeurs ?
Après tout, en ces temps de réseau global, pourquoi passer encore par une rédaction quand un blog permet de toucher autant voire plus de monde ? Comment justifier le cout financier d'une rédaction, de ce filtre dont l'existence s'expliquait par le nécessaire choix des papiers à publier dans un espace limité, que ce soit les feuilles d'un papier ou le temps d'un JT ?
Il y a bien sur la question cruciale de la rémunération. Mais je suis persuadé que les évolutions des médias créées par l'irruption du web va secréter ses propres nouveaux outils de rétribution. Peut être moins confortables car il faudra sans doute souvent être au top, peut être moins rémunérateurs, encore que ...
peut être qu'au final, entre les blogs, les réseaux sociaux, les agrégateurs, ce sont les titres et leurs rédactions qui pourraient disparaitre. pas une bonne nouvelle pour les magnats de l'édition, à moins qu'ils ne se reconvertissent dans l'activité peu gratifiante de l'hébergement.
Si c'est le cas, d'autres métiers risquent fort d'en prendre un coup. Moins médiatisés que les journalistes, les secrétaires de rédactions, entre autres, risquent de faire les frais de la reconversion du secteur.
il est quand même encore un peu tôt pour se prononcer sur la direction que prendra la mutation. Ce qui est sur, c'est qu'elle est en marche. Et qu'on ne pilote jamais bien un bulldozer quand on n'est pas au volant parce qu'on court derrière.
Demain, tous conducteurs de travaux ?
Manuel Atréide