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Jeff Mignon

Pourquoi ça ne sert à rien de redesigner (seulement) un journal

Aux USA, le Orlando Sentinel vient d'être redesigné. Des changements sur la forme... peu (pas?) sur le fond. L'observateur des médias américains, AlanMutter, dans un post "Little ado over Orlando's redo" nous apprend que seuls 0.05% des lecteurs ont réagi dans les premiers jours, selon l'éditeur. Et d'avancer trois hypothèses :
- 99.95% des lecteurs aiment la nouvelle formule très colorée
- 99.95% des lecteurs n'ont pas fait attention
- 99.95% des lecteurs s'en moquent
Sans doute un peu des trois, pense-t-il.

Comme les dizaines de journaux qui n'ont été QUE redesignés ces dernières années... il ne se passera sans doute rien pour le quotidien local de Floride. Il y a bien longtemps qu'il ne se passe plus rien suite à un redesign seul. Même chose pour un changement de format.

À l'heure où la presse quotidienne payante, dans la majorité des pays occidentaux, traverse une crise sans précédent (la presse américaine a perdu environ 1,000 jobs la semaine dernière)... il en est encore -- nombreux -- pour croire qu'un coup de peinture sur la façade va changer les choses. Pourtant, les chiffres sont là, démontrant les uns après les autres l'inutilité des redesigns cosmétiques.

Le business va mal. Pas la couleur des rubriques ou la tête de la police de caractère.

C'est en profondeur que les journaux doivent s'interroger sur les directions à prendre pour essayer de redresser la barre (ce qui n'est pas garantie pour tous). C'est leur offre éditoriale qui doit s'adapater aux changements de la société et aux nouveaux besoins des consommateurs (lecteurs et annonceurs). Ce sont leurs équipes et leurs organisations qui doivent être profondément réformées.

Par exemple, tous les journaux sont, en gros, organisés éditorialement de la même façon. Est-ce encore la bonne façon d'organiser l'info ?

Qui peut encore croire qu'un coup de peinture va changer le "goût" du journal ? Qui peut encore croire que les équipes vont faire des choses différentes parce que la police de caractère a changé ? Qui peut encore croire qu'un support redécoré par les marchands de maquette va attirer de nouveaux consommateurs ?

C'est l'audience -- les audiences -- qu'il faut identifier clairement et ausculter. Ce sont leurs besoins qu'il faut comprendre. Leurs nouvelles façons de consommer l'info. Le paysage compétitif. Ce sont les réponses à ces besoins qu'il faut trouver dans le nouveau contexte médiatique. Ce sont les équipes et l'organisation qui vont permettre d'apporter les meilleures solutions qu'il faut mettre en place. Le reste c'est du vent. C'est de l'argent qui part en fumée... alors que la presse a tant besoin d'investir ailleurs.

On ne peut pas séparer la réflexion marketing, de la réflexion éditoriale et de la stratégie visuelle d'un journal. C'est un tout.

Un journal n'a pas d'abord de problème de maquette. Comme le dit Steve Jobs, le patron d'Apple, "design is function, not form". Il a D'ABORD un problème marketing. Un problème de positionnement. Un problème de cibles. Un problème de satisfaction de ces cibles. Le changement de maquette -- si besoin est -- ne devrait être que le résultat de ce long processus de réflexion et de réajustement. Un processus sans fin d'ailleurs. Un processus qui doit OBLIGATOIREMENT englobé le print et le net.

La presse quotidienne payante va droit dans le mur. Pourtant, bien de ces titres ont de l'avenir. La presse locale en particulier. Mais pour sortir de la spirale de l'échec, il faut davantage que des réformettes et des changements de typos. Il faut plus que des déclarations d'intention et des heures de questionnement sur la couleur du logo. Il faut travailler autrement. Car les mêmes méthodes de travail auront les mêmes effets... qu'elles soient colorées en bleu ou en vert.

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pierre vennat Commentaire par pierre vennat le 1 Juillet 2008 à 19 57
Le problème de la presse écrite, c'est que les grands quotidiens (ceux qui ont le plus de personnel et le plus de moyens) sont situés dans les grandes villes (Paris en france où sont publiés le monde, libération, la croix, l'humanité, le figaro, etc.), Washington, New York, Londres, et au Québec où j'habite, Montréal.
Ces quotidiens ont les moyens d'envoyer des correspondants couvrir la guerre en Afghanistan (le Canada n'est pas en Irak, mais est en Afghanistan), la bande de Gaza, les olympiques en Chine, etc. etc.
Et les journalistes de ces quotidiens (idem pour la grande télévision nationale, la radio chez nous n'envoie plus de reporter et se contente de bulletins de nouvelles d'agence et de beaucoup beaucoup de musique (excellente d'ailleurs) rêvent de grands reportages, de vedettariat, de voyages intéressants à travers le monde (je le sais, j,ai été 23 fois en Europe pour des séjours plus ou moins longs, soit comme chroniqueur politiquie, soit avec les Forces armées (mais je rédigeais des reportages pour mon journal...) Et en Asie dans plusieurs pays.
Et puis en 1974, le Washington Post (surtout mais avec l'aide d'autres dont le New York Times) a réussi à faire tomber le président Nixon (Watergate).
Tandis qu'au Canada, il y a deux ans, les journalistes ont réussi à faire tomber le gouvernement libéral apre`s avoir déniché un gros scandale baptisé de "scandale des commandites".
Tandis que nos chroniqueurs financiers, (comme ceux des États-Unis) ont réussi à dénicher de gros scandales financiers et envoyer des banquiers et courtiers véreux en prison (dont Conrad Black aux uSA, Vincent Lacroix au québc).
Dans un tel contexte, le journaliste ne veut pas s'attarder aux doléances de son voisin, de son beau-frère, d,un parent et un ami qui a perdu son emploi ou dont l'usine ferme. Aux rues mal pavées, aux logements insalubres, etc. ce qu'il veut c'est le grand reportage.
Il est là le bobo. Quand les journalistes s'intéresseront à ce qui intéresse leurs proches (on va commencer par là), que le chomeur, le malade, l'opprimé sera quelqu'un qu'ils connaisent, quand ils prendront le temps d'écouter les gouts de consommateurs de leurs conjoints (conjointes), ce qu'ils aiment et ce qu'ils détestent, qu'ils s'intéresseront aux soins de santé offerts à ceux des leuirs qui sont malades, à la qualité de l'enseignement offert à leurs enfants, à ce qui se passe dans leur municipalité, leur arrondissement, qu'au lieu d'aller au café entre camarades ils prendront le temps d'écuter ce que leur beau-frère a à leur raconter de son quotidien, ce jour=là, peut-être, le journalisme changera parce qu'on reviendra à un journalisme près des priorités des gens.
Quand je lis les pages régionales de petits quotdiiens publiés en Normandie, à Lille, en corrèze, quand je vais en France, dans de petites municipalités américaines ou un petit quotdien comme la Voix de l'Est de Granby (tirage moins de 20 000), quand je lis les petits hebdomadaires locaux ou régionaux qu'on a au Québec (et que vous avez sans doute en France), j'en apprends davantage sur les petites et grosses nouvelles de ces bleds que je lis sur les arrondissements de paris dans le monde, l'humanité, etc. (en fait j'y lis rien).
C'est ma recette. Et c'est sans doute pourquoi si j'ai fait pluls de 40 ans de journalisme dans un grand quotidien et fait quelques grands reportages dont j'ai parlé plus haut, je n'ai jamais été une vedette, car j'ai passé la majeure partie de ma carrière près des gens du peuple, bref mes parents, amis, voisins à parler de ce qui les intéresdsait.
Malheureusement, ca a rarement fait la manchette.
pierre vennat
journaliste professionnel depuis 1959.
Retraité depuis 2004...
Hubert Guillaud Commentaire par Hubert Guillaud le 1 Juillet 2008 à 15 34
Effectivement, si l'analyse n'est pas faussée quelque part, passer de l'information à la relation devrait être assez simple surtout sur le local (où la relation, bien souvent existe). Reste à sortir des carcans et des pesanteurs qui formatent l'information et les esprits (et peut-être plus au niveau local qu'ailleurs). Et là, le pas à franchir risque peut-être d'être bien plus difficile.
pierre vennat Commentaire par pierre vennat le 30 Juin 2008 à 18 31
Mon cher Jeff, vous allez être content. Pour la première fois depuis longtemps, je suis entièrment d'accord avec vous, de la première à la dernière ligne. D'autant que vous écrivez que la presse locale a encore d el'avenir. En autant qu'elle se transforme en profondeur, de la façon dont vous parlez, de la façon dont, vieux routier, j'espère qu'elle fera. La forme, oui. Mais surtout le fond. Axé sur les besoins des lecteurs. (Suis pas contre les besoins des annonceurs aussi, mais moi en tant que journaliste, c'est les besoins des lecteurs, de la communauté dans laquelle le journal évolue qu'ilf aut faire. Pour cela, c'est pas dans les discussions de bar, les congrès pour professionnels d el'information seulement (ce n'est pas mauvais mais faut sortir de son cocron). Bref, il y a rien comme le journaliste qui se mêle à ses voisins (non journalistes), ses parents et amis (non journalistes), ou même de simples inconnus et qui leur demande lui-même: bon, c'est quoi que vous aimeriez comme journal, c'est d equoi que vous voulez que je parle (ou que je ne parle pas), qu'est-ce qu emoi, journaliste, je peux fair epour vois aider. Quand cela sera fait, on aura une meilleure idée de ce que la communauté veut (en espérant que tous les journalistes ne vivent pas dans le même quartier bourgeois et leur famille aussi).
un vieux dicton, en milieiu politique nord-américain, dit que si tu veux savoir qui va gagner une élection, consulte pas une maison de sondage, va chez un coiffeur. Et fais le parler des confidences de ses clients. (Ou encore un chauffeur de taxi...). Ca vaut pour la transformation d'un journal. Au lieu de payer des fortunes àw des compagnies de sondage ou de marketing, les médias feraient bieni d'écouter leurs lecteurs, de sortir des bureaux et aller eux-mêmes (les journalistes mais les cadres aussi) rencontrer les gens. Sur la rue. ca leur ferait du bien. merci pour ce blogue jeff.
pierre vennat

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