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Francis

Apprendre à reconnaître à comprendre et à parler des réseaux

Les réseaux sont partout et nous ne les comprenons encore qu'imparfaitement. Ils sont un motif (pattern) de la vie comme l'explique si bien Fritjof Capra que l'on retrouve au niveau des cellules, de la connaissance, et de l'organisation sociale.

Ils font irruption dans l'actualité chaque fois que nous parlons de terrorisme, de nouvelles formes de criminalité, d'épidémies, de phénomènes en cascade comme peut l'être un black-out électrique, mais aussi quand il est question d'obésité, de philanthropie et de toutes ces choses à la mode telles MySpace, Facebook ou l'utilisation de nos téléphones mobiles.

J'aime bien cette image trouvée sur le web (je ne sais plus où): de même qu'ils ne me viendrait pas à l'idée de lancer mes enfants dans la ville sans leur enseigner à traverser la rue, il me semble indispensable pour avancer dans le monde d'aujourd'hui d'avoir une idée de ce que sont les "points faibles structuraux", la "force des liens faibles" ou un "petit monde" (sic).

Ça a l'air encore bien compliqué mais c'est déjà indispensable, notamment pour les journalistes qui courent le risque, faute de familiarité avec ces notions, de passer à côté de sujets importants ou de traiter de façon insuffisante certains thèmes essentiels.

Mais, formés par quelques siècles de modernité nous sommes habitués à voir et à comprendre donc à rendre compte des structures fixes, pyramidales, hiérarchiques. Nous savons faire quand il y a un quartier général, un siège, une présidente ou un porte parole, quand il y a des statuts et un territoire.

Tout le problème est que cela s'applique à un nombre décroissant d'acteurs sociaux.
Nous pourrions commencer à poser le problème à partir des trois éléments suivants:
Nous sommes maintenant très nombreux à nous servir des réseaux technologiques à commencer par l'internet. Ils ne sont "ni bons, ni mauvais, ni neutres" et affectent les dimensions économiques, sociales et politiques de notre existence.

Les réseaux comme forme sociale d'organisation (et comme façon de comprendre l'organisation sociale) sont maintenant et grâce aux TIC, plus efficaces que les hiérarchies. Dans certains cas du moins. Les formules mixtes se multiplient aussi bien dans les armées que dans les entreprises, les églises, les organisations philanthropiques aussi bien que criminelles.

Des progrès considérables ont été faits au cours des dernières années dans la connaissance des réseaux. Suffisamment pour donner naissance à une branche des sciences dont certains des chercheurs les plus connus sont Albert-Laszlo Barabasi et Duncan Watts (parmi beaucoup d'autres).

Il me semble donc indispensable et possible de commencer à donner aux journalistes des éléments de connaissance et de compréhension de ce que sont les réseaux, de comment ils fonctionnent, du rôle qu'ils jouent dans l'organisation de la vie aussi bien qu'au niveau social.
Cela devrait nous permettre de mieux les traiter quand nous avons affaire à eux et sans doute aussi de trouver des sujets que nous risquons de ne pas voir faute d'avoir appris à distinguer ce... motif.

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6 Commentaires

Francis Commentaire par Francis le 15 Août 2008 à 11 13
Totalement d'accord sur notre lamentable tendance à demeurer à la traîne que je constate partout où je vais. Je la comprenais un peu il y a quinze ans. Elle m'a lair plutôt suicidaire aujourd'hui.
Je l'explique par deux raisons (ce qui ne la rend pas acceptable): la paresse intellectuelle (manque de curiosité reconnue par les plus lucides quand on les expose à "tout ça") et réaction d'autruches face à des changements qui remettent en question notre pouvoir et notre position sociale (ce "monopole du megaphone" et de l'accès aux sources dont les journalistes n'aiment pas du tout parler).
Mais je reviens sur les réseaux. Il ne s'agit pas seulement de reconnaître et d'utiliser les réseaux sociaux, il s'agit de s'initier au fait que la société dans son ensemble fonctionne de plus en plus sur la base de cette logique et que faute de la comprendre nous ne pouvons pas bien en rendre compte.
Je viens de donner un cours sur ce sujet et nos exercices pratiques ont porté sur les bandes dans une high school, la préparation des manifestations contre la convention républicaine, les activités des organisations reposant sur la foi (faith based), l'évolution des mouvements anti abortion, la préparation d'une campagne de sensibilisation à l'astronomie et la façon dont les jeunes de Los Angeles organisent leur fêtes du samedi...
Jeff Mignon Commentaire par Jeff Mignon le 15 Août 2008 à 10 55
Je rejoins Narvic sur son analyse de la profession... que j'ai la chance d'observer dans différents pays. Surtout, si on rappelle que le net a commencé à entrer dans les moeurs il y a une quinzaine d'année.
Je ne comprends pas, moi non plus, cet immobilisme.
À moins que finalement, le numérique n'est pas globalement simplifié le métier de journaliste. L'information circulant plus facilement. Sa valeur intrinséque recule à la fois en raison de sa disponibilité et de son volume. Les réseaux numériques ne sont pas étrangers à ce phénomène. Les faits ne suffisent plus. Il faut analyser, expliquer, mettre en perspective... pour apporter de la plus value. Et c'est beaucoup plus difficile. Pas étonnant que les blogs -- en tout cas certains -- dont les auteurs se concentrent plus sur l'analyse (et pas sur rapporter des faits) rencontrent le succès que l'on connaît. Les faits sont toujours importants, car la base, mais définitivement pas suffisant dans une société où ils foisonnent.
Lyro Commentaire par Lyro le 13 Août 2008 à 15 22
Il n’y a pas que les journalistes qui ont du chemin à faire pour apprendre à reconnaître et comprendre les réseaux et les médias sociaux! Certains gouvernements se positionnent comme des leaders dans la reconnaissance des réseaux, par leur manière de composer avec les médias sociaux, notamment les États-Unis. Mais d’autres états, comme le gouvernement du Québec (au Canada), aurait intérêt à prendre des notes…

Il y a quelques mois, un média social, www.zonegrippeaviaire.com, a demandé au gouvernement du Québec de reconnaître le travail prodigieux effectué par la communauté virtuelle, de même que son rôle positif dans l’amélioration des préparatifs pandémiques.

La réponse officielle est survenue le 17 juin dernier: «Nous ne voulons pas reconnaître la sphère du Flublogia (ni le site Zonegrippeaviaire) parce que nous ne voulons pas reconnaître les autres (médias sociaux)». Cette décision est basée sur le document «Les médias sociaux et la communication du risque», Direction de la coordination de l’information et des mesures d’urgence, mai 2008 (http://www.zonegrippeaviaire.com/showthread.php?t=1894&page=2#17) obtenu le 25 juillet par le biais de la Loi sur l’accès à l’information. Il est très regrettable que le gouvernement du Québec ait choisi de fermer les yeux sur le contre-pouvoir viral (de conviction) des médias sociaux. Une reconnaissance de l’existence des communautés virtuelles et la mise en œuvre d’avenues de collaboration avec les médias sociaux aiderait très certainement cette administration gouvernementale à faire accepter ses politiques et diverses mesures aux citoyens.

Le document du gouvernement du Québec fait fi des recommandations du Centre de biosécurité de l’Université de Pittsburg (pourtant citées dans l’analyse «Les médias sociaux et la communication du risque»): «Le dialogue, mettant à profit les savoirs individuels et la sagesse collective, peut également contribuer à l’élaboration de meilleures politiques de santé publique et améliorer la faisabilité, la fiabilité et l’ACCEPTATION de meilleures politiques de santé publique et améliorer la faisabilité, la fiabilité et l’ACCEPTATION des plans d’action mis sur pied. En effet, les plans d’urgence élaborés conjointement avec la communauté reflètent davantage les valeurs et préoccupations de la population, ainsi que les réalités sociales et économiques propres à la communauté. Les connaissances et expériences vécues par les individus contribuent aussi à consolider la faisabilité des plans d’urgence sur le plan logistique, mettant de l’avant des solutions et idées originales et novatrices.» (Monica SCHOCH-SPANA et all. «Community engagement: leadership tool for catastrophic health events», Biosecurity and Bioterrorism: Biodefense Strategy, Practice and Science, vol. 5, no. 1, 2007.)
Guillaume Narvic Commentaire par Guillaume Narvic le 13 Août 2008 à 13 19
Vu comme ça d'accord ;-)

Vous parlez de donner aux journalistes des éléments de compréhension des réseaux tirés des recherches de pointe, mais ne faudrait-il pas surtout les encourager à commencer d'abord par observer et expérimenter eux-mêmes ? Sans cette culture de base, ce projet risque d'être vain...

C'est en parcourant les blogs, en commentant, et mieux encore en en tenant un soi-même, que l'on peut commencer à appréhender le fonctionnement du buzz, de l'audience, de la conversation... C'est en s'immergeant dans les réseaux sociaux qu'on peut commencer à comprendre leur impact...

Or je suis frappé, pour ce que je vois en France du moins, de la distance que maintient la majorité des journalistes que je connais envers internet : leur usage reste cantonné à la sphère privée (mail personnel, achat/vente en ligne, documentation avant les vacances...). L'intérêt à titre professionnel est quasi nul : sur une rédaction de province que je connais bien, formée d'une centaine de journalistes, moins de cinq se sont essayé au blog, deux sont présents sur Facebook. Parmi ma promotion sortie d'école de journalisme il a 20 ans : je ne suis parvenu à en croiser ou contacter aucun en ligne, malgré d'intenses recherches...

Je me souviens de l'accueil que vous avait réservé la promotion du CFJ cette année :-) Au moins s'essayent-ils tous aujourd'hui au blog, sous "l'amicale pression" de leurs enseignants... Mais les autres, l'immense majorité des autres journalistes en poste ?

Je ne suis pas sûr de comprendre les raisons profondes de cet état de fait. Ma vision du journalisme me pousse à croire que la nature de cette profession aurait dû pousser tout le monde à s'intéresser d'emblée à ce nouveau média si puissant, or cette profession apparaît paradoxalement à la traîne...

Vu l'impact social d'internet dans la société actuelle, je ne comprends même pas que cet apprentissage d'internet ne soit pas considéré comme un impératif professionnel. J'en vois pourtant bien le résultat avec le nombre de lieux communs au sujet d'internet propagés par la presse et qui traduisent une profonde ignorance du phénomène dont on parle...

Alors essayer de faire passer le résultat des recherches actuelles sur les réseaux auprès de ces journalistes, c'est louable, mais ça pourrait se révéler plus difficile que prévu... ;-)
Francis Commentaire par Francis le 13 Août 2008 à 9 35
D'accord bien sûr avec le fait que les réseaux sont une forme d'organisation sociale vieille comme l'humanité et que ceux qu'on trouve en ligne ne sont pas radicalement différents si l'on excepte un affranchissement radicalement nouveau par rapport à la distance et au temps.
Mais nous ne connaissons pas bien cette forme d'organisation. Qui sait vraiment ce qu'est "la force d'un lien faible" et son rôle, un "point faible structural" et la position favorable qu'il permet d'occuper?
Nous savons tous, plus ou moins, ce que c'est que faire des affaires ou voter et pourtant il nous est utile d'étudier plus en détail ces domaines pour mieux les couvrir.
Deux choses sont radicalement nouvelles: les réseaux gagnent en efficacité face aux hiérarchies grâce aux TIC et il y a maintenant une science des réseaux (qui n'existait pas il y a 20 ans).
Nous pencher là-dessus devrait nous permettre de mieux comprendre les émeutes des banlieues, la façon dont les jeunes s'organisent dans l'instant, la force des acteurs internationaux non-étatiques, etc., etc..
Moi, ça, je l'ai pas appris à l'école, je le lis pas beaucoup dans le journal et je ne connais qu'une poignée de livres qui en parlent...
Guillaume Narvic Commentaire par Guillaume Narvic le 13 Août 2008 à 7 57
Pour comprendre les réseaux, Francis, peut-être faudrait-il aussi clarifier le vocabulaire ;-). Les phénomènes de réseau sont vieux comme le monde : les réseaux sont à la base même du phénomène social, toute relation sociale s'inscrit dans un enchevêtrement de réseaux (familiaux, professionnels, locaux, scolaires, politiques, religieux, de centre d'intérêts, etc., etc.). La tension "dialectique" entre des réseaux de sociabilité "horizontaux" et des structures sociales hiérarchiques traverse tout l'espace social depuis... toujours... ;-)

La question, n'est-ce pas plutôt : Qu'est-ce qui est nouveau, qu'est-ce qui change avec l'apparition de réseaux supportés par les technologies liant informatique et télécommunication ?

Certaines recherches tendent à montrer que les réseaux en ligne ne sont pas tellement différents des réseaux "ordinaires" sur la plupart des aspects, et que les communautés qui se forment grâce à eux reproduisent largement les caractéristiques des réseaux ordinaires (avec une forte dominance de l'entre-soi : qui se ressemble s'assemble...).

Ce qui apparaît nouveau en revanche, c'est l'envergure et l'affranchissement de contraintes de temps et d'espace (alors que la contrainte de la langue reste aussi forte que jamais)...

Il me semble qu'il y a surtout à apprendre de ce côté là : ampleur, immédiateté, non-localisation.

Pour ce qui est de l'opposition verticalité (hiérarchie) / horizontalité (pair à pair), il s'agit surtout de transposer des connaissances que l'on à déjà et qui ne sont pas si bouleversées que ça quand on les applique au net...

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