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Je pense que le contenant versus le contenu engendre souvent une certaine confusion. Je publie mes critiques sur une interface blogue (avec nom de domaine), mais vous ne trouverez rien d'autre que ces critiques : pas de
babillages personnels, pas de potins, rien que des critiques. Je respecte
scrupuleusement les normes d'éthique et de protocole.
Les mêmes textes publiés sur un « site » seraient sans doute remarqués
plus rapidement par les théâtres plus institutionnels, ceux dirigés et
fréquentés par la génération « préinternet ». Mais en ce qui regarde la
génération « Y », et même « X », je pense que les règles de perceptions
ont complètement changé. Ils sont très en mesure de faire la différence
entre, faute de moyen, un travail journalistique cependant publié sur une
interface blogue, versus le verbiage d'un blogue perso.
Puis la souplesse de la formule permet souvent une couverture plus approfondie
de milieux, sujets, qui n'intéressent que peu les médias institutionnels,
faute de revenus publicitaires potentiels suffisants. Par exemple le théâtre
émergent, la relève, l'art pauvre. Le besoin criant et l'aubaine d'une
couverture inespérée font le reste, si les textes sont de bon niveau, bien
sûr.
Cette masse critique de revenus publicitaires empêche souvent, surtout dans un
très petit marché comme le Québec, les médias principaux de permettre à
certains journalistes de se spécialiser dans un domaine. Ainsi, le journaliste
amateur de Jazz devra aussi couvrir la pop, le classique, et parfois plusieurs
événements encore plus éloignés. Pendant ce temps, indépendant de revenu
pour cause d'emploi alimentaire dans un autre domaine, le journaliste non
salarié, souvent maniaque d'un sujet particulier et ayant fréquemment fait
des études, plus jeunes, dans le domaine lié au sujet avant de se réorienter
faute de déboucher, ce journaliste donc peut se permettre un total
approfondissement d'un sujet spécialisé. Il peut être à l'écoute d'un
sous-milieu compte tenu d'une structure souple et minimaliste, le fréquenter,
suivre colloque, conférences, se bourrer de lectures pertinentes, développer
son expertise. Ainsi, on commence à voir des blogueurs partis de rien,
progressant rapidement, se structurant progressivement, apprenant sur le tas,
pour atteindre au bout d'un certain temps, un niveau d'écriture parfaitement
décent en terme de journalisme! Pire, souvent par rapport à des pigistes à
50$ le feuillet et devant pondre papier sur papier pour payer le loyer, leur
statut de bénévole et l'absence de pression économique leur permet
d'approfondir davantage certains sujets, ou couverture de certains milieux.
Tout change, rapidement, je reçois de plus en plus d'invitations à des
premières médiatiques par... Facebook!
Il y a également une forme d'indépendance totale qui rassure: aucun argent
à faire, aucune appartenance, donc pas de partis pris.
Tout change rapidement, nous sommes à l'aube de grands bouleversements des
règles de jeux.
Yves Rousseau
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