mediachroniques

Jeff Mignon

La presse d'information traverse une crise profonde et fondamentale de valeur

L'info comme commodité. Le clônage comme logique. La disparition de valeur comme résultat. (source: Grzegorz Piechota via le blog de Juan Antonio Guiner - plus de couv en bas de la page )


Alors qu'en France, le gouvernement va lancer les "états généraux de la presse" en Octobre, il me semble important d'aborder le problème fondamental (en tout cas selon moi) de la valeur de l'information dans les médias du même nom. Voilà des mois, pour ne pas dire plus, que j'essaye d'écrire ce post. Cette fois, je me jette à l'eau tout en m'excusant par avance des imperfections et sans doute du manque de structure de ma réflexion qui s'appuie essentiellement sur le travail de l'Américain Robert Picard. Je compte sincérement sur vous pour commenter, annoter, suggérer, proposer, débattre, organiser... sur ce sujet.

Tout n'a pas une valeur en soit. Souvent la valeur que nous donnons aux produits, aux services, aux idées, même aux personnes... est relative à nos centres d'intérêt, nos besoins, le moment, nos conceptions philosophiques, religieuses et politiques, etc. L'information n'échappe pas à cette logique.

Sans rentrer dans un débat philosophique, je suis de ceux qui pensent que l'info a peu de valeur en soit. J'ai la conviction, comme Robert Picard, que la valeur de l'information repose sur ce qu'on en fait (valeur d'usage). Et je crois que c'est vrai pour la grande majorité des acteurs du monde des médias: le lecteur/consommateur, l'annonceur, l'investisseur et la société/le citoyen. Picard écrit : "It is important to understand that the content provided by journalism is not valued for itself by consumers, but that its value emanates from its utility as a mechanism to achieve states and things outside the news and information itself."

L'exception vient du dernier acteur de ce monde des médias : les journalistes. Par héritage et conviction, ils pensent souvent, à tord ou à raison, que l'information a de la valeur en soit. Et Picard de dire : "Il y a une tendance qui consiste à penser que le journalisme est bon, qu'il a de la valeur. Cette conception des choses laisse perplexe. Comment comprendre alors pourquoi un grand nombre de consommateurs ne voient pas cette valeur. Harmon explique qu'il est important de faire la distinction entre quelque chose de bon et quelque chose qui a de la valeur."

Aussi, on n'aborde pas l'économie des médias de la même façon, selon que l'on pense que l'info a de la valeur en soit ou que la valeur vient de ce que l'on fait de l'info. Dans le premier cas, on produit des médias "journalist centric" dans le deuxième on propose des médias "consumer centric". Depuis toujours, les médias d'information ont été avant tout "journalist centric". Ils le restent très majoritairement aujourd'hui. Et c'est sans doute une des sources fondamentale de la crise qu'ils traversent. "In the new environment, news organizations must become much more customer friendly and have a greater degree of intimacy with their viewers, listeners, and readers than the arms-length approach taken by many in years past. Most news organizations have the same value proposition, but to survive and prosper in the contemporary media environment they will need to develop unique value propositions that separate them from other providers of news and information. Standardization and imitation reduce value of a product", insiste Picard.

Les journalistes sont sur le registre de l'information pour l'intérêt général. Les individus ont besoin d'information pour répondre à leurs questions, trouver du sens, comprendre leur environnement… et sont motivés par des milliers de motifs et de raisons tous plus différents les uns des autres.

Dans une situation de monopole, point trop besoin de démontrer de la valeur. Dans une situation de compétition, c'est une autre histoire. Internet a fait s'écrouler les barrières de la diffusion de l'information et, dans un même temps, le monopole d'informer. Je souris quand je lis que le Président français s'inquiète de la petitesse du réseau de distribution des journaux en France. Mais qui a encore besoin d'un réseau physique à l'heure de la numérisation complète de l'info ? Est-ce la bataille à mener pour le futur des médias ? Rien n'est moins sûr. On n'a jamais autant produit et diffusé d'information qu'aujourd'hui. Par exemple, selon une étude de l'Université de Californie, les médias américains produisent chaque année + 30% d'info. Les chiffres donnent le vertige : "320 million hours of radio broadcasting and 123 million hours of television broadcasting".

Cette confirmation d'une information porteuse de valeur intrinsèque pour les journalistes, on la retrouve dans la guéguerre bloggers versus journalistes. L'argument principal de ces derniers : les bloggers ne font que commenter des infos que les journalistes ont collecté. Sur la forme, ils n'ont souvent pas tord. Mais c'est au fond qu'il faut s'intéresser. Le commentaire, l'opinion, l'analyse, la mise en perspective... c'est de la valeur qu'apportent certains bloggers à une information brute qui n'en a pas ou peu en soit.

Réformer les médias pour les sortir de la crise profonde dans laquelle ils se trouvent, c'est comprendre que le monopole de l'information est en train d'échapper aux marques médias. Et surtout, que la valeur de l'information proposée par les médias est de moins en moins perçue par les consommateurs. Et qui ne perçoit pas de la valeur dans un produit/service ne paye pas pour, ou paye moins (valeur d'échange).

"To address this issue, news organizations must be able to clearly identify their value proposition, that is, the reasons for consumers to spend their money and time with the news and information content products. Because consumers can increasingly get news from many places, it must be clear why they should get it from one organization rather than another and what the news provider does better than the others", propose Picard.

Qu'est-ce qui crée de la valeur (sans ordre hiérarchique) et peut aider à offrir une "value proposition" unique :
- l'explication derrière les faits
- la mise en perspective de l'information
- la contextualisation de l'information
- l'apport de solutions
- la confiance (mais elle est plus facile à donner à un individu qu'à une organisation)
- la rareté
- la possibilité de faciliter l'interaction sociale
- le sentiment d'appartenance a un groupe social
- l'apport d'émotions
- le fait de faire rendre des comptes a ceux qui gouvernent et dirigent
- l'échange/conversation
- la facilité d'utilisation
- la spécialisation

Deux groupes de valeurs se détachent nettement, celui qui propose de la valeur pratique et celui qui offre de la valeur explication/éducation. S'ajoute une troisième, celui qui apporte de la valeur émotionnelle.

"The value of news and information increases with the amount of processing, contextualization, and interpretation that takes place", reprend Picard. Et de préciser que l'emphase, par les journalistes "on volume and speed of news and information reduce its value to the greatest number of readers, viewers, and listeners, whose primary interests are not what is happening but what those events and developments mean, how they affect their lives".

Aller donc au-delà de l'info brute pour apporter du sens, diffuser ce sens et en discuter paraît donc être un élément de stratégie fondamental que doivent embrasser les médias d'information pour sortir de la crise dans laquelle ils se trouvent. "Many managers of news organizations have shifted efforts and money from content to sales and marketing in the belief that this will solve their problems. Others have seen business diversification and the creation of portfolios of newspapers, online, mobile, television, and other operations as the solution. These practices can provide short- and mid-term benefits but they will not sustain news organizations in the long run because they do not fundamentally address the underlying problems of new enterprises and create significant new value", avertit Picard.

La presse traverse une crise de valeur sans précédent. Sans un questionnement profond sur cette problématique fondamentale de tout produit et service, elle ne sortira pas de la crise dans laquelle elle s'enfonce. "The essential issue is making the news and information content important and useful to audiences so that they perceive material from news organizations as more vital and valuable than the brief overview and bits and pieces provided by non-news organizations. If that is accomplished, consumers will be willing to give news organizations more of their time, attention, and money and those changes will make it possible to alter their business models into ones that are sustainable in the twenty-first century", insiste on ne peut plus justement Picard.

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19 Commentaires

Pierre Commentaire par Pierre le 20 Septembre 2008 à 8 58
Picard a raison évidemment (disons qu'il n'a pas tort). Malheureusement, cette crise de valeur n'est encore pas perçue par les dirigeants des médias, en tout cas, pas de là d'où je me tiens. Et quand elle est perçue, les transformations à opérer dans les rédactions sont si radicaux qu'ils apparaissent comme impossibles à réaliser dans les +/- 5 années qui viennent. Y'a de quoi être découragé.
Pour préciser, je dirais que les rédactions ont pour objectif d'être utiles pour leur audience (information content useful to audiences), ça c'est acquis désormais dans les têtes des hiérarques qui lorgnent et avec raison vers ce que propose Le Parisien par exemple. Je n'aime pas tout dans Le Parisien mais ce journal parvient la plupart du temps à proposer à ses lecteurs une information en adéquation avec leurs préoccupations. Donc ça, c'est bon, dans le sens où "c'est compris".
Mais là où ça pêche, c'est sur l'information générale, la culture générale... Bien qu'il y ait des efforts à faire sur l'utilité de l'information, on ne peut pas publier que de telles informations. Un média, dans son acceptation généraliste, se doit de proposer également des informations de prospectives, de cadrages, de recentrages... La "value proposition" est clairement très très pauvre, surtout en France où on se contente de donner une information brute la plupart du temps. Il y a eu un traumatisme dans le journalisme de ces 30 dernières années qui a abouti aujourd'hui à ce que les journalistes (et leurs chefs) s'interdisent tout commentaire, tout rappel, toute prise de position... L'info, l'info, rien que l'info râbache-t-on dans les rédactions et les centres de formation... Ben du coup, c'est ce que reçoit l'audience: rien que l'info, elle n'a qu'à se débrouiller ailleurs s'il lui manque des bouts pour que cette info prenne sa juste valeur...
Et là par contre, j'ai bien peur que les mentalités des responsables aux manettes actuellement ne soient pas au rendez-vous.
Benoît Raphaël Commentaire par Benoît Raphaël le 20 Septembre 2008 à 17 08
Assez d'accord sur l'essentiel, on en a suffisamment parlé tous les deux...
Je nuancerais cependant, sur la valeur de l'info brute. Si je suis le premier à parler d'un événement, je donne une valeur à mon info. Le problème vient surtout du fait que les médias sont toujours dans une économie de la distribution et de la redistribution de l'info. J'ai une audience captive qui n'obtient l'info que via mon canal (journal, JT, radio...). Ce qui a changé aujourd'hui avec Internet, c'est que l'audience est libertine. Elle va sur le média en fonction de l'info qui l'intéresse, elle butine chez tout le monde. D'où cette perte de valeur.
Au Post.fr, nous venons d'ailleurs de stopper tous nos contrats AFP, parce que je fais le même constat que toi.

Du coup, autre question: que reste-t-il au journaliste?
Dans ta liste, je ne vois rien d'exclusif à la profession...
eric scherer Commentaire par eric scherer le 21 Septembre 2008 à 11 32
- Ah non Benoît! C'est pas une bonne raison, ça! Comme tu le dis, l'info brute a une valeur! L'AFP travaille aussi dur pour aller au delà de la "commodity" ("Beyond commodity!"). Et notamment sur la notion de services en plus des contenus.

- Pour rebondir sur l'intéressant texte de Jeff, je crois précisément que les vieux médias devront proposer des services, en plus de leurs contenus (et pour financer ces derniers). Ils l'ont toujours fait d'ailleurs (cf. petites annonces, programmes télé, guide de cinéma, critiques....). Seulement aujourd'hui d'autres sur le web offrent ces services de bien meilleure façon. Il faut donc en trouver d'autres!
Jeff en a évoqué de nombreuses missions pour les journalistes. J'y ajoute:
l'organisation de la conversation (forum leader),
la fixation de l'agenda (favoriser la "serendipity vs. le "tunnel de news" ou la dangereuse verticalité.
l'investigation, si elle est financée.
la vérification, pour mieux valider.
le journalisme de liens ou journalisme dépollueur (news curation) pour guider sur le Web,
le journalisme d'engagement pour faire bouger les choses,
le journalisme visuel (grâce aux nouveaux outils parfois chers)
la "media litteracy" (aider le public à mieux comprendre et utiliser les outils que nous avons si longtemps gardés pour nous).

- En tout cas vraiment d'accord sur l'inadaptation des contenus des vieux médias à la société d'aujourd'hui.
J'espère enfin que les Etats Généraux de la Presse ne se limiteront pas à l'imprimerie et à la distribution!
Eric Mettout Commentaire par Eric Mettout le 22 Septembre 2008 à 11 38
Bon, je vais réagir en crocodile, sans doute, et défendre ici, comme je les égratigne ailleurs où on les défend, les journalistes, et leur valeur ajoutée. En vrac (moi non plus je ne suis pas très structuré aujourd'hui), plusieurs remarques sur des trucs lus ci-dessus:
- Consumer centric content: je n'arrive pas à m'ôter de la tête que cet intéressant concept est à double tranchant. Côte yin, tenir compte des "lecteurs", de ce qu'ils sont, de la manière dont ils nous perçoivent, de leur avis, de leur existence, tout simplement; côté yang, ne plus faire que ce qu'ils attendent de nous, soit, outre ce que tu nous dis du pratico-pratique et de l'analyse (!), du people, des paillettes, du bling-bling et de la provo. Il y a une part de démagogie dans le principe, que j'exagère, certes, mais qui me gène profondément. Basculer brutalement de l'inopérant, désormais, on est d'accord, journalist centric au consumer centric me paraît fort dangereux - et certaines pratiques de la blogobulga sont à cet égard assez inquiétantes. Je vais schématiser (parce que l'idée ne se résume pas à ça, je sais), mais à LEXPRESS.fr, je fais du "consumer centric" quand j'évoque le débat nauséabond (et largement relayé en ligne) sur la religion d'Obama, je fais du "journalist centric" quand je blogue un des reporters du journal au Soudan. La "valeur" du second, dont je ne nie pas qu'elle soit déterminée par l'utilisation qu'en fera son lecteur, est-elle moins grande que celle du premier? C'est au moins une question.
- Nous journalistes avons tout à gagner à nous plonger dans le Web et ses pratiques. Et tout à perdre à le diaboliser, comme le font encore la majorité de mes confrères français. Bien. Mais de là à dire comme Raphaël qu'il ne nous reste rien... Je vais schématiser encore, mais le journalisme, c'est l'art de n'être bon nulle-part et moyen partout, pour le dire autrement d'appliquer à n'importe quel sujet ou spécialité un ensemble de règles et de techniques (une éthique, une écriture, un sens de la synthèse, de la vulgarisation, de la documentation, une rigueur...), plus ou moins bien appliquées mais qui, ensemble, commencent à dessiner le personnage - en d'autres termes, les écrivains écrivent mieux, les historiens cherchent mieux, les profs synthétisent mieux, les curés ont une morale plus élevée... mais nous on fait tout ça en même temps. On doit absolument ouvrir les volets et souffler un bon coup sur la poussière qu'à force d'arrogance, d'aveuglement, de nombrilisme... on a laissé s'accumuler, mais pourquoi vouloir absolument jeter le bébé avec l'eau du bain? Le grand tout, le nivellement des contenus et des pratiques, je suis sceptique.
- Un truc auquel je tiens et que nous tous, professionnels des médias en ligne continuons d'appliquer: le collectif (du réseau à la relecture) n'est pas seulement un poids mort, c'est aussi une force. Seul, en matière d'info, on est moins bon (moins sûr, moins rigoureux, moins "puissant") qu'à plusieurs. C'est vrai que la confiance est plus facile à accorder à un individu. Mais est-elle pour autant bien placée?
- Entièrement d'accord avec Eric: le métier doit évoluer, les journalistes de demain seront animateurs de communauté, plurimédia, pluridisciplinaires, bloggeurs, numériquement agiles... Plus engagés, aussi, plus exposés. Plus curieux, j'espère, mais ça devrait être dans notre code génétique.
Deux trucs pour conclure, temporairement:
Bien sûr qu'il faut une révolution des comportements (qui à mon sens est en cours, contrairement à ce que tu dis, Raphaël, même si ça pourrait aller plus vite), mais associons-y les journalistes, y compris ceux des "vieux médias", y compris s'ils y sont réticents. Pour l'avoir fait, je sais qu'on en sort (qu'on peut en sortir) du positif.
J'espère aussi (mais je n'y crois pas, comme ça s'annonce, entre les déclarations de Beytout au Celsa et le speech concentrationniste de Sarkozy) que les Etats Généraux de la Presse ne se limiteront pas à l'industrie, à l'imprimerie et à la distribution.
Chris Commentaire par Chris le 22 Septembre 2008 à 13 06
Bravo pour ce post très fin et courageux...

Que dites vous, en somme . Que la crise de la presse d'information est avant tout liée à son inadaptation à la demande. Dans tous les secteurs de grande consommation, quand un produit se vend mal, on sait que c'est avant tout parce qu'il répond mal aux besoins exprimés par la demande . C'est la loi de l'offre et de la demande, tout simplement.

Mais dans notre secteur, non ! Pour expliquer les mauvaises performances de la presse d'info, on évoque d'abord toutes les raisons possibles ( la distribution, le syndicat du livre, Interne, les gratuits.... et même les lecteurs eux même, qui ne liraient plus ! ) avant d'envisager, éventuellement, que c'est le produit lui même qui a peut être un problème !

A force de considérer notre secteur comme "un secteur à part", réalisant "des produits pas comme les autres" on a peut être un peu oublié qu'un journal est avant tout un produit de consommation comme un autre ! Je considère que si la presse d'information générale va mal, c'est évidemment qu'elle ne répond plus correctement aux attentes de ses clients : les lecteurs... Nous ne faisons plus des journaux adaptés à leurs besoins, à leurs attentes, à leur demande.

Votre post illustre parfaitement, je trouve, cette incompréhension entre de nombreux journaux d'information quotidienne et leurs clients. Et elle en fournit une explication que je partage très largement.

L'approche du rôle de journal a encore trop peu évolué. On continue bien souvent à privilégier une information brute, là où d'autres medias "rapides" sont déja passés. On néglige toujours autant certains territoires considérés comme peu nobles, tels l'info service, ou encore l'info dite futile, qui relève de l'entertainement et qui a été totalement abandonnée aux magazines( people, de jeux, de télé, de loisirs etc...) . Sans parler de la "forme" des journaux eux même, qui est totalement anachronique le plus souvent.

Selon ma modeste expérience, la presse d'information quotidienne doit prioritairement résoudre 2 problèmes absolument fondamentaux si elle veut à nouveau se développer :

- En premier lieu, elle doit mieux formaliser son rôle face aux attentes des lecteurs. Je pense que nombre de quotidiens devraient désormais s'articuler autours du tryptique : "décrypter, distraire, rendre service". On est loin de l'info brute, traditionnement proposée par de nombreux quotidiens, avec quelques services minimes en prime et une grille de mots croisée pour les loisirs !!

- En second lieu, notre presse quotidienne doit rapidement moderniser sa forme, le plus souvent totalement en décalage avec notre époque. Le noir et blanc, encore dominant, doit cesser d'exister car dans la vrai vie il n'existe tout simplement pas ( vous voyez en noir et blanc vous ???) . Et le poids de l'image (la photo) doit être renforcé car aujourd'hui la lecture des images est un bien commun, même dans le haut de gamme. Il est consternant de voir que les journaux gratuits sont 100 % couleurs, imprimés sur roto-sécheur, et remplis de photos... quand la PQN et la PQR payante continuent d'étre largement en noir et blanc et tachent autant les doigts qu'il y a 100 ans !!!

En résumé, je suis très optimiste sur l'avenir des quotidiens... Ce que nous produisons aujourd'hui est tellement anachronique qu'il parait impossible de ne pas progresser vers les attentes nouvelles des lecteurs. Le travail formidable réalisé en France par le Parisien/Aujourd'hui montre que le déclin n'est pas une fatalité pour peu que l'on mette tous un peu plus les attentes des lecteurs au centre de nos préocupations.

Tous les autres problèmes, la distribution, le poids des charges, le coût du papier, etc etc, sont secondaires face à ce défi qui consiste, simplement, à faire des produits adaptés aux clients d'aujourd'hui ( ie : " des journaux adaptés aux lecteurs d'aujourd'hui" ) .
Chrys Commentaire par Chrys le 23 Septembre 2008 à 10 27
Excellent constat !

J'ai assisté au débat sur la préparation des Etats Généraux de la presse au deuxième Forum Libération à Grenoble entre Laurent Joffrin et Emmanuelle Mignon.

Visiblement, je crains que les questions évoquées dans ce très bon post risquent de passer à la trappe. J'ai peur que la presse (en général) s'accroche à son vieux démon : son modèle économique et sa supposée pérennité de principe.

Mots-clés entendus durant la conversation :

subvention, Etat, imprimeur, distributeur, aide des collectivités, internet par contrainte, concentration, groupe médias, audience, meilleur vente le samedi, kiosque, abonnement, rédaction, pyramide, carte de journaliste, impact magazines, presse uk...
pierre vennat Commentaire par pierre vennat le 23 Septembre 2008 à 23 13
En tant que vieux routier du journalisme, je trouve que Jeff pose bien le problème. La nouvelle en soi (bref juste l'information) n'a pas de valeur si on ne l'explique pas, la met pas dans son contexte.

Et bien sur, il n'y a pas qu'un journal (écrit, parlé, télévisé) qui peut faire cela. Exemple. Une tragédie frappe la Birmanie. C'est la nouvelle brute. En quelques minutes (heures au plus), le monde entier le sait. On offre de l'aide internationale, la junte au pouvoir la refuse. Et tous les médias répètent cette information. Ce qu'ilf aut savoir et dire (et qui a de la valeur disons), c'est qu'est-ce qui expliqiue cela?

Qui est cette junte? Pourquoi agit-elle ainsi, etc etc. Bref essayer de faire comprendre aux gens (aux consomamteurs) ce qui se passe en birmanie. Il n'y a bien sur pas que des journalistes qui peuvent faire cela. Un politicologue, un diplomate, quelqu'un qui a vécu là peut très bien le faire et mieux qu'un journaliste. Mais s'il le fait, il ajoute un plus value. L'ennui c'est que: est-ce que ça intéresse les gens? Ca intéresse ceux qui veulent vraiment savoir, faire l'effort de s'instruire. De s,informer.

Les médias disent souvent: les gens veulent "savoir". Vrai. Mais ils veulent surtout comprendre. Ce qui suppose des journalistes de plus en plus "savants", capables de comprendre eux-mêmes s'ils veulent expliquer.

Les médias qui survivent d'ailleurs, ou qui s'en tirent mieux que les autres, sont ceux qui font de plus en plus appel dans leurs colonnes (et par colonnes je parle aussi bien "papier" dans la presse écrite que Internet, à des experts extérieurs au journal, le journaliste ne pouvant plus être superpolyvalent et super-compétent en tout. et malheureusement, la direction des médias ne le reconnait pas toujours et cherche souvent à engager (au meilleur cout possible), des "pisseux de copie" comme on dit au Québec. Ou des animateurs de radio ou de radio capables de remplir le temps d'antenne de façon intéressante (selon eux) mais souvent démagogique.

Mias tout n'est pas perdu. Les médias qui augmentent leur tirage ne sont pas nécessairement ceux qui vont chercher l'information brute, mais ceux qui font des enquêtes originales, expliquent des questions comme: pourquoi ca va mal à l'école (ou plus positivement, quelles sont les écoles qui réussissent mieux et pourquoi?), quelle solution peut-on apporter pour protéger l'environnement, quels trucs pouvez-vous employer pour mieux consommer et à meilelur prix, etc. etc.

Cette information peut venir par Inernet, elle peut venir encore par la presse écrite. Moi je crois pas aux solutions magiques. Il y a encore des médias écrits qui peuvent s'en tirer s'ils s'adaptent. Et il y a qui sont progrtessifs. Il y a des télés qui renseignent encore, des stations de radio qui font de la bonne job. Et des blogues (et des blogueurs) intéressants, documentés, etc.

Mais s'il y a des médias qui vont mal et sont rétrogrades, il y a des blogues qui n'apportent rieni, qui ne sont que démagogie ou propagande ou imbécilités.

Bref il y a du bon partout, du mauvais en bien des endreoits aussi, tant sur le net qu'ailelurs.

Ce qu'il y a de nouveau, parce que maintenant devenu nécessaire: la qualité. La nécessité de la qualité. Qui n'est pas excellent, périt. cela suppose de l'effort, de l'imagination. On ne peut plus se contenter d'habitudes.

Et c'est moi un vieux routier qui est entré dans le métier en 1959, il y aura donc un demi-siècle bienitÔT Qui le dit. Fini l'ère d ela facilité, où on s'adressait à un auditoire (écrit, parlé, visuel) captif.

Dans le fond, c'est pas différent pour les médias que pour l'iondustrie ou le commerce. Les grands monopoles n'existent plus. Maintenant les gens ont de plus en plus le choix. survivent ceux qui lui donnent ce qu'il veut.

et plusieurs veulent de la qualité en information. Des explications. Une raison d'acheeter un journal, d,écouter un poste de radio ou de regarder un poste de télé. Tout comme de chosiir tel blogue au lieu de tel autrte.. cette qualité, les journalistes ne sont pas les seuls à pouvoir la donner. Mais il y a encore d el'avenir pour ceux qui la donneront. Quant aux autres, ils sont foutus.

Pierre Vennat
vieux routier du journalisme québécois.
Eric Mettout Commentaire par Eric Mettout le 24 Septembre 2008 à 9 02
Je suis moins vieux routier (quoique...) et plus hexagonal et ferai une seule petite remarque supplémentaire: en France, deux des blogbusters de l'info en ligne, Lefigaro.fr et 20mn, font essentiellement de l'instantané, tous azimuts, très vite et sans énormément de discernement ni d'approfondissement. Cherchez l'erreur...
Dominique Bannwarth Commentaire par Dominique Bannwarth le 24 Septembre 2008 à 12 04
Je ne pense pas que les états généraux aborderont ces questions de fond qui touchent aux préoccupations des "profesionnels de la profession"... En revanche, le filtre à travers lequel il faudra sûrement continuer de réfléchir - que ce soit par rapport à l'adéquation offre/demande ou plus simplement à la question; quelle plus value pour quelle valeur? - sera fatalement d'ordre économique. Très prosaïquement, les éditeurs recherchent le meilleur ratio possible entre l'effectif et le coût d'une rédaction, les frais de production et de diffusion, les recettes (directes pour les médias encore payants, ou indirectes pour les gratuits) pour s'interroger au final sur la marge potentielle...
Va-t-on encore obtenir de l'Etat des plans de "modernisation sociale" pour dégraisser les effectifs sans garantie que les journaux traditionnels ne réinvestissent ensuite dans la modernisation du média lui-même?
Pour les journalistes, le défi est de réinventer leur métier tout simplement. Vaste programme, comme disait l'autre...
philippe gammaire Commentaire par philippe gammaire le 24 Septembre 2008 à 17 01
Ce qui me frappe le plus, hors l'analyse et les débuts de réponse de jeff Mignon dans son billet, c'est le conformisme absolu de la presse en général.

Lequel se traduit dans ces unes de journaux - toutes identiques - et dans les titres qui dénotent une absence d'analyse et de perspective, pour se conformer à un fait brut (Wall street en crise) que tout le monde connaissait déjà depuis au moins la veille.
Bref, on a droit à un beau concours d'habillage de Unes... et puis rien derrière.
C'est cette absence de "ton" qui est presque pathétique, pour la profession toute entière.
Ce n'est d'ailleurs pas réservé à la presse américaine: en France, lors de l'annonce de la candidature de Sarkozy, la presse quotidienne régionale - unanime - avait publié la même photo (à deux-trois exceptions, dont celle notable de Sud-Ouest) ainsi que le texte "officiel", puisque le futur président n'avait accordé son interview qu'à six journalistes triés sur le volet par le président du syndicat des patrons de presse.
Voilà typiquement le genre de pratique qui décrédibilise une profession toute entière et éloigne les nouveaux lecteurs (ceux qui lisent internet) de leurs journaux de proximité.
Au final, le web n'est pas responsable de la crise de confiance que connaissent les journaux et les journalistes. Le web et nombre de blogueurs/journalistes indépendants ne font que révéler et creuser plus encore le malaise qui règne déjà dans la profession.
Ce malaise a deux sources : le conformisme des journalistes et la collusion des titres de presse avec les pouvoirs. Il est d'ailleurs probable que le second entraîne le premier.
Il suffit de voir le succès du Huffington Post (un "blog" qui est en réalité un vrai média bien informé) aux Etats-Unis, pour voir qu'un média résolument engagé peut connaître un vrai succès d'audience.
En France, le Canard Enchaîné qui cogne tant à gauche qu'à droite, publie de vrais papiers d'enquête, ironise sur les pratiques politiques, ne rechigne pas devant un procès et tient ses distances à l'égard de tous les pouvoirs fait plus de six millions d'euros de bénéfices... SANS PUB.
A méditer probablement.
Ajoutez une révolution technologique à cette crise éthique et économique, et effectivement le monde du journalisme a du souci à se faire. Et devrait procéder à un urgent examen de conscience.
Pour conclure sur une note positive, je pense quand même que toute crise est salutaire. Le phenix renaît peut-être même déjà de ses cendres, avec des sites comme Rue89 dont le travail (des journalistes) est remarquable.

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