mediachroniques

Je suis convaincu que l'information hyperlocale a de l'avenir et qu'elle est probablement l'une des pistes que les médias d'information doivent suivre pour s'adapter aux nouveaux usages du web.
Mais sur le front de l'hyperlocal, les nouvelles ne sont pas bonnes. Le Washington Post a décidé d'expérimenter sur ce terrain et le succès n'est pas au rendez-vous pour le moment comme nous le raconte le Wall Street Journal.

Retour sur une expérience que nous étions quelques uns à suivre avec intérêt.

Je résume l'article.

Le Washington Post a lancé dans un comté à 40 km de Washington un site d'info hyperlocale: LoudounExtra.com. Pour faire cela, le journal est allé débaucher l'un des journalistes-développeurs les plus doués de sa génération (37 ans), Rob Curley qui avait fait des "miracles" sur le web pour un journal de son Kansas natal ainsi qu'en Floride.

Objectif: traiter avec de gros moyens (relativement) sur le web l'actualité de ce comté de la banlieue de Washington qui compte 270 000 habitants.

Seulement voilà: la fréquentation n'a jamais décollé et les internautes potentiels ne se sont pas emarés du site pour y publier leurs contenus (compte-rendus de rencontres sportives, réunions de parents d'élèves, etc).

Pourquoi? L'article du Wall Street Journal pointe le fait que dans cette banlieue en pleine croissance, la notion d'appartenance à une même communauté n'est pas très développée ce qui ne facilite pas l'implantation d'un site communautaire.

Par ailleurs, Rob Curley reconnaît qu'il n'a pas passé assez de temps sur terrain et trop dans des discussions avec ses pairs sur la définition et les fonctions d'un site hyperlocal. Il pointe aussi le fait que très peu de passerelles ont été établies entre le site du Washington Post et celui de son petit cousin local.

Pour les analystes cités par l'article, le site manquait aussi "d'engagement" envers la communauté. [Sur cette notion d'engagement, on peut écouter Eric Scherer de l'AFP dans le bonus de l'émission 33 de l'Atelier des médias]

Enfin, Rob Curley explique que la fonction agrégateur du site qui devait proposer tout ce qui concerne le territoire en question et qui est publié sur YouTube ou autres plateformes de partage de vidéo/photo/etc. a été bloqué par les avocats.

Bilan: Rob Curley et son équipe partent tenter une nouvelle expérience dans un journal de Las Vegas quant au Washington Post, il ne tire pas un trait sur l'expérience et va la poursuivre.

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36 Commentaires

Jean Abbiateci Commentaire par Jean Abbiateci le 23 Juin 2008 à 3 35
@ Olivier Clech

Journaliste rennais lecteur régulier du Télégramme à la fois sur le web et sur papier, j'ai quelques questions concernant le site du Télégramme, en lien avec le sujet.

- Vous disiez à juste titre que le web est la chance historique du journalisme hyper-local... Cependant, je trouve que la dimension locale est finalement peu présente sur le site du Télégramme (c’est vrai pour la plupart des sites de PQR). Un exemple frappant : la première copie d'écran de la page d’accueil du Télégramme ne met rien en valeur de local, à part le seul module "Bretagne"... On se croirait sur un site de presse quotidienne nationale, avec ses inévitables rubriques Monde, France, Commentaires, Economie….

Tous les éléments intéressants et locaux du site sont sur la deuxième partie de la page d’accueil... Le JTWeb, votre JT vidéo breton, est en bas du site… Les dossiers bretons également… Dommage de ne pas mieux valoriser ces élements.

D’une manière générale, pourquoi ne pas décliner sur le web la recette de journalisme hyperlocal du Télégramme, en allant très loin dans le maillage de l’information ?

- la dimension « services » sur laquelle vous insistiez. Pharmacies, horaires des administrations, médecins de garde… Cette masse d’information pratique que l’on ne retrouve pas ailleurs sur le web prend du temps à être recueillie par vos journalistes et correspondants. C’est une information à forte valeur ajoutée. Pourquoi ne pas la publier sur le site ? Est-ce que vous pensez qu’en publiant de telles informations, vous allez perdre des lecteurs papiers en sciant la branche sur laquelle vous êtes assis (plus confortablement que vos collègues de PQR, au vu des bons résultats de diffusion du quotidien)

- Enfin, une petite interrogation concernant les blogs hébergés par le Télégramme.com.

Le constat est un peu le même que pour la page d’accueil du site web. Les blogs « invités » mis en valeur sont parfois intéressants, comme ceux d’Alain Johannes ou ceux des journalistes multimédias du Télégramme, mais n’ont rien de « local »… Dommage de ne pas encourager des initiatives de blogs parlant du territoire. Et si elles sont trop rares ou trop peu régulières, pourrait-on imaginer qu’un journaliste du Télégramme s’occupe d’initier au travers un accompagnement de quelques heures par an des projets de blogs locaux et intéressants, complémentaires au site web. Un blog d’une classe de collège pendant une année scolaire (dans le cadre de la journée de la presse) … Le blog d’une maison de retraite, d’un Centre d’Aide par le Travail, d’un groupement d’agriculteurs bio, d’une troupe de théâtre amateur….

Voilà quelques interrogations en vrac d’un lecteur.

Cordialement

Jean Abbiateci
Olivier Clech Commentaire par Olivier Clech le 21 Juin 2008 à 13 10
Bonjour à tous et merci de m'avoir ouvert votre porte. Pour mon premier commentaire, je tombe sur un sujet qui m'est cher. peut-être suis-je déformé par ma culture de localier mais je suis convaincu, du moins en tenant compte de la structure encore rurale ou "rurbaine", en majeure partie, de la société française et en se plaçant sur le terrain de la PQR, que le web est la chance historique de l'hyperlocale. Il faudra être imaginatif sur le plan des services mais, là encore, la meilleure chance sourira selon moi à ceux qui sauront faire du vrai journalisme, celui-ci et ceux-là étant forcément liés. Un certain nombre de facteurs économiques négatifs (coût croissant des carburants, prix de l'immobilier) pourraient aussi, paradoxalement, servir la cause des producteur de contenus hyperlocaux en provoquant un regain d'intérêt pour une vie collective sur un territoire plus resserré et en encourageant de nouvelles solidarités locales. Quand on va chercher son pain à pied... peut-être que beaucoup de petites choses retrouvent du (bon) sens .
Antoine Commentaire par Antoine le 21 Juin 2008 à 8 21
Pensez-vous que l'expérience du Wall Street Journal puisse se reproduire en France ? Je me suis posé la question du financement des médias locaux dans cet article. Mais je doute que l'état des finances du "Parisien", par exemple, lui laisse beaucoup de marge pour se lancer dans une aventure encore incertaine.
Richard Commentaire par Richard le 12 Juin 2008 à 14 45
J'arrive de chez Cédric et je me permet de vous partager mon point de vue de non-journaliste.
Je vis dans un village de 20 000 hab, rélié à l'ADSL depuis les débuts celle ci en France. Je suis agent immobilier et je vois donc quelques kg de vieux par semaines. En plus je suis blogger et très "branché web innovant"

Je préfère faire ces précision parce que je pense qu'elles permettent de mieux comprendre mon avis.

A mon avis, à terme le web local va avoir une grande place dans la vie de tout le monde. La raison est simple, le web c'est pratique. Je veux de l'info, un numéro de tel, une adresse, la météo, me détendre, retrouver mes amis, communiquer avec eux (écrire/voir/parler). Il y aura forcement un glissement vers la recherche d'infos quand celle ci répondra à la demande.

Je pense que la question des franchises est quand même importante dans cette affaire et quand je veux savoir à quelle heure passe un film au ciné je vais sur le site de la "marque" alors qu'il y a 10 ans je regardais dans le journal local. Aujourd'hui sur le site local, impossible de trouver ces réponses.
Je pense que les gens sont presque prêt à se jeter à l'eau mais il faut faire "simple", oui les communauté c'est bien, oui le web 2.0 c'est cool, mais les gens "normaux" aiment la simplicité.

En tant que qu'annonceur local, je paye pour le rugby, le tennis mais pas vraiment pour faire de la pub mais pour soutenir les clubs par contre je vais pas aller payer une affiche dans un ciné local où ma culture web m'a appris que je vais toucher qu'un faible % de clients potentiels.

Pour infos, les vieux adorent internet, certes ils sont lents mais je suis sûr que si il avait accès au heures/dates du prochain loto ils iraient pour vérifier au cas où...

Tout ça pour dire que je crois plus encore au web au niveau local qu'à la version papier qui permet d'offrir aux annonceurs des dizaines de filtre, de stats, de calculs, d'analyse sur la pertinence des actions.

Pour la PQR, je ne vois qu'une direction à prendre se débrouiller pour devenir sur le web la porte d'entrée de la vie locale, ce qui était leur statut il y a quelques années.

(ps : c'est vraiment pas cool de rendre l'inscription obligatoire pour poster un commentaire)
Hubert Guillaud Commentaire par Hubert Guillaud le 12 Juin 2008 à 3 04
@Guillaume : ça mériterait d'être affiné, mais il y a là quelque chose qui me semble très pertinent et qui doit se croiser avec le fait que l'hyperlocal ne décolle pas (et il n'est pas sûr que la géolocalisation et le GPS aident demain à le faire décoller, autrement que sur les services). Ce n'est peut-être pas le seul facteur d'explication, mais il a l'avantage de renvoyer aux limites de l'exercice à l'intérêt des questions et des traitements sous un angle local.
Jeff Mignon Commentaire par Jeff Mignon le 11 Juin 2008 à 22 59
@JP
La raison pour laquelle je propose le développement d'une plateforme open source de pub, c'est justement parce qu'il n y a pas de cohésion entre les groupes de presse. Cette plateforme ne doit appartenir à personne pour avoir une chance d'exister. Mais la presse locale n'a pas d'autres choix que de s'entendre. Sa survie à moyen terme en dépend. Sinon les Google de ce monde vont lui prendre son business en plus vite de temps qu'il est nécessaire de le dire.

Il ne faut pas non plus réfléchir qu'en achat d'espace en terme de services que la presse peut apporter aux business locaux. La mise en relation avec les clients peut se faire sous d'autres formes. La presse peut offrir des services marketing mutualisés aux petites entreprises comme des campagnes d'emails.

Partout où je passe j'insiste sur la nécessité, pour la presse, de développer et qualifier ses bases de données. Elles sont le coeur de ses nouveaux business modèles. La presse écrite vit de ses lecteurs (de moins en moins) et des services qu'elle rend aux entreprises. Ce sont de nouveaux services qu'elle doit développer. Vendre de la pub en est un. Mais c'est loin d'être le seul.
Guillaume Narvic Commentaire par Guillaume Narvic le 11 Juin 2008 à 20 11
Je ne voudrais pas la ramener encore une fois sur le sujet (même si je suis en train de le faire quand même), mais tout le monde n'est-il pas en train de spéculer sur le meilleur moyen de toucher une audience locale potentielle, dont personne ne cherche réellement à démontrer d'abord qu'elle existe.

Tout le monde fait comme si tous les échecs - manifestes - à trouver cette audience locale découlaient des défauts dans son approche, mais personne n'affronte la question de base : cette audience potentielle existe-t-elle vraiment ?

L'audience de la presse local/départementale/régionale (version papier) est très âgée, vraiment très âgée. Cette presse se révèle incapable, malgré de très nombreuses tentatives ces dernières années, de toucher sur le papier un audience plus jeune (après tellement d'échecs, il va falloir tout de même un jour reconnaître que c'est vraisemblablement impossible).

Certes l'approche initiale a été pour cette presse locale d'essayer d'utiliser le net comme un appât pour ramener ce public jeune vers le papier. Et ça a échoué.

L'approche se modifie aujourd'hui pour essayer d'attirer et de fixer cette audience jeune sur le net lui-même. Mais ça ne marche pas mieux.

Peut-être est-ce tout simplement parce que l'approche locale de l'info est un phénomène fondamentalement lié à l'âge : ça n'intéresse pas les jeunes (et le net n'intéresse pas les vieux, qui n'ont ni l'envie ni l'intérêt de modifier leurs usages quotidiens à leur âge, et préfèrent que ça continue comme c'est, ce qui leur convient amplement).

L'approche locale de l'information relève d'un monde d'avant la mobilité scolaire et professionnelle et d'avant la globalisation culturelle. A-t-elle encore une pertinence aujourd'hui ?

Hors presse, je constate aussi que les approches hyper-locale telles que les sites d'immeuble ou de rue excitent beaucoup les journalistes, mais dans la pratique, ça ne marche pas du tout : le site de mon propre immeuble, par exemple (mais qu'on m'en montre d'autres !) ne fonctionne absolument pas. Il n'intéresse personne parmi mes voisins.

Au niveau de mon quartier, aucun site ou blog, parmi de multiples tentatives, ne décolle, tout simplement faute de combattant : ça n'intéresse personne.

Bien sûr il reste le service (les programmes de cinéma, les horaires des crèches et des bibliothèques), mais ça ne suffira pas à justifier l'existence d'une offre journalistique, et puis d'autres s'en chargent déjà.

Je comprends que ça soit difficile à admettre pour certains. Mais qu'on commence par me démontrer qu'il existe une demande réelle pour du web local, et je voudrai bien réfléchir avec vous à la meilleure manière de la satisfaire... ;-)
Guillaume Guichard Commentaire par Guillaume Guichard le 11 Juin 2008 à 19 30
@Cedric
et si les supermarchés annonçaient leurs promos sur le web local, après avoir financé largement la pqr? Ce temps viendra-t-il?
Guillaume Guichard Commentaire par Guillaume Guichard le 11 Juin 2008 à 19 26
@Jeff
La valeur de l'info pour l'internaute "local" ou autre, donc l'intérêt qu'il porte à une news et pas à une autre, se mesure facilement grâce à des outils comme Google analytics il me semble: on voit très rapidement quels articles sont lus, quels thèmes et rubriques sont populaires, et les autres. Sur le papier, c'est plus compliqué: il faut lancer des études couteuses.

Le web pourrait donc pousser le papier à évoluer dans ses choix éditoriaux, voire dans sa ligne éditoriale, via une meilleure connaissance, finalement, du lectorat. La limite: ceux qui lisent le papier ne sont pas toujours ceux qui surfent...

Chose entendue dans ma rédaction: "ça cartonne sur le web, faut le faire monter en tête de page". Faut dire que l'info circule vite: on est en open space et pas plus de 20...

@Cedric: je constate autour de moi que les journalistes web sont plus orientés vers l'info services que ceux du print dans le choix des sujet et leur mise en valeur.
JP Commentaire par JP le 11 Juin 2008 à 18 22
Bonjour,

Débat passionnant et riche en idées

Je travaille au sein d’une régie pub d’un titre de pqr et je sui en charge d’internet. Je vais essayer d’apporter mon éclairage

1/ Il faut de bons outils (de la techno) pour faire un site de qualité (export des articles, moteur de recherche interne…) : les titres préfèrent investir dans le papier (et ses outils). Je le déplore mais c’est leur cœur business actuel. En fait il manque de vision stratégique pluri-media ce que le net requiert avant toute chose a mon avis.

2/ Il faut des articles adaptés au web. Quant on reprend des articles des quotidiens, ils ne sont pas adaptés au web. Il faut également des journalistes qui jouent le jeu. Ce n’est pas le cas (pas que chez nous, un peu partout dans la PQR française). Assez bizarrement et sans concertation, les titres de presse ont une démarche identique (peur des conflits et grèves car synonyme de perte financière). Ont dit souvent les journalistes sont dans leur tour d’ivoire, mais personne ne leur demande d’en descendre.

3/ Il faut de l’info hyper locale, que la pqr détient mais en partie seulement. En partie car en dehors des sources interne aux journal, il faut les base de données, les ressources des institutionnels (50 % de l’info vient de là : police, mairie, conseil Général…)

De plus l’hyper localité est plus difficile à définir sur internet (mon copain de jeu en ligne taiwanais est proche de moi et compose ma sphère locale). Les bassins géographiques de vie ne sont pas suffisants, il faut adjoindre du communautaire. Or le fondement même de la pqr c’est l’info de proximité. Donc orienter le débat vers les ingrédients : infos, service, proximité, communautaire, participatif : on le sait tous mais ce qui manque c’est la construction intelligente de ces données. Pas un facebook et consort, un espace utilisateur a définir pour que la pqr vive son propre modèle : [l’idée de jeff et de plateforme opensource est intéressante mais inapplicable à la pqr car il n’y a aucune cohésion entre les titres hormis ceux d’un même groupe]

4/ Il faut non pas une marque forte (le titre) mais des marques (voire des sites) qui puissent rivaliser avec les pure player de chaque domaine : féminin, auto, immo, sport…


4/ Il faut une bonne relation éditeur/régie pub car les 2 ont besoin l’un de l’autre. C’est le cas chez nous. Précisément, la pub, à 2 fonctions : Primo, montrer que du cash peut arriver rapidement et « encourager » le titre a capitaliser et développer. Secundo, c’est très souvent la régie qui apporte des partenariats et de la valeur ajoutée via du contenu de clients (ex : la liste des vols locaux de l’aéroport, les infos immo des notaires, des dotations des jeux concours, incentive du site… je pourrais en citer pléthore.) bref une harmonie qui se mérite et historiquement pas évidente

5/ Il faut un marché publicitaire : Il existe (pour répondre à Cédric) : Il existe pour le papier gratuit ou payant, la radio, le hors média… Le marché existe pour un ensemble de medias

Ce qui est plus complexe, c’est « éduquer » les clients locaux au net, leurs prouver son efficacité et aller prendre du budget sur la concurrence pour augmenter sa richesse.
Ce qui est plus complexe également c’est éduquer les forces commerciales à ce nouveau support. Tous le monde surf sur internet, mais aller le vendre c’est différent.

Rien n’est perdu, le contenu exclusif est la richesse à venir et l’audience des sites de pqr le prouve : l’ensemble des titres font plus de 13 Millions de VU en mai de cette année. Cela reste modeste mais une audience qualifiée et récurrente sera profitable.

Cependant cela implique des articles intéressant : la mise en perspective est quasi nulle aujourd’hui. La quantité prime sur la qualité. Cela implique des ressources financières et humaines et là il faut se battre pour avoir gain de cause (l’interne est souvent un plus dur combat) et cela implique de la réactivité et de l’implication… et oui

JP

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