mediachroniques

Questions :

1- Dans une rédac de quotidien locale/régional en France, il y a un journaliste pour combien d'habitants en moyenne ? Quel ratio ou ratios selon la concentration de l'habitat?

2- J'ai le chiffre de 10 correspondants pour 1 journaliste, vous confirmez ?

Merci de votre aide.

Jeff Mignon

Lire le début de notre réflexion : http://mediacafe.blogspot.com/2009/01/les-sites-dinfos-contruit-autour-dune.html

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9 Commentaires

Jeff Mignon Commentaire par Jeff Mignon le 10 Janvier 2009 à 11 04
De Narvic --

Salut Jeff

Résultats à la louche sur un exemple que j'ai bien connu (Paris-Normandie) [cas un peu particulier en France tout de même : zone de très forte emprise de tout petits hebdos ou bi-hebdo locaux, voire micro-locaux, mieux implantés que le quotidien régional]

Rédaction +/- 100 journalistes
Zone de diffusion (Haute-Normandie, sans l'arrondissement du Havre -> couvert par une autre rédaction du même groupe) : 1.200.000 habitants

Soit 1 journaliste/12.000 habitants (grosso-modo, sur l'ensemble de la zone, c'est à dire comprenant l'effectif des journalistes "du siège" : secrétaires de rédaction, ainsi que l'encadrement et les journalistes spécialisés (infos générales, reporters, thématiques: économie, justice/faits-divers...)


Cas d'une rédaction locale du quotidien :

5 journalistes pour une zone d'environ 200.000 habitants (ratio 1/40.000)

Avec une trentaine de correspondants locaux (6 correspondants/1 journaliste)

Mais ce chiffre masque de grandes disparités de "productivité" des correspondants locaux. Sur les 30, plusieurs (2 ou 3) sont de "quasi-journaliste", avec une production quasi-professionnelle ne demandant pas ou peu de "re-travail" avant publication, fonctionnant en autonomie sur une zone où on les laisse en "roue libre" (parfois un ou deux cantons entiers). D'autres produisent très peu, sur de toutes petites zones (1 ou 2 communes rurales/ 2 papiers/semaine). Certains demandent beaucoup de travail d'édition par les journalistes (construction non-journalistique), d'autres sont plutôt des "fournisseurs d'information" qui doit être entièrement traitée derrière (simple alerte sur un événement sur leur zone, fourniture du compte-rendu officiel du conseil municipal, qui est une mine d'infos mais c'est du "brut" impubliable en l'état).


Une réflexion perso sur le web local en zone semi-rurale : l'essentiel de l'actu locale tourner autour des conseils municipaux, des clubs sportifs, et la vie associative en général (comités des fêtes, clubs des anciens). Il y a une opportunité à offrir à ces sources des espaces de publication en ligne sous l'égide du quotidien local/régional : intégral du compte-rendu du conseil municipal, état-civil, résultats des petits clubs sportifs publiés dès le dimanche après midi avec des photos numériques, photos de la vie associative. Ces sources sont bien souvent disposées à fournir beaucoup de "matériel", mais elles ne le font pas forcément spontanément, il faut "aller les chercher" et les mettre en confiance. Mais une fois qu'on est allé à leur rencontre, en se présentant personnellement, en leur indiquant une procédure simple pour "alimenter" la machine, ça roule presque tout seul.

A mon sens (et selon mon expérience), c'est un investissement de mise en place, qui demande une bonne connaissance du terrain local et un investissement personnel (du temps et des kilomètres), mais c'est ensuite peu coûteux en fonctionnement (du travail de desk de surveillance/validation de flux).

En espérant que ça t'aide.
à+
----
narvic sur novövision : http://novovision.fr/
Marc Mentré Commentaire par Marc Mentré le 10 Janvier 2009 à 11 40
Brièvement, le ratio fournit par Narvic me semble bon (on compte environ 30 000 correspondants de presse au total en France), et ses remarques sur la qualité et la quantité de la production très variable des correspondants me semblent aussi justes.

J'ajouterai cette remarque : souvent le travail des correspondants se limite à des compte-rendus plus ou moins fidèles, avec la photo de la manifestation couverte ('il y a très peu d'interviews, de portraits, de vrais reportages, etc. dans les pages locales). Ces textes sont réécris sur un même modèle par les secrétaires de rédaction des rédactions départementales. Ce sont d'ailleurs ces rédactions départementales — qui sont très loin du terrain— qui gèrent les informations des micro-locales et leur temporalité. Cela donne au final un contenu très lisse et convenu et très souvent en retard (deux jours, voire une semaine de décalage entre l'événement et la parution de l'article)

En clair, dans le modèle actuel de la presse quotidienne régionale, seuls les journalistes peuvent publier. Pourquoi pas. Mais cela marchait bien lorsqu'il y avait beaucoup de journalistes, avec de nombreuses agences réparties sur l'ensemble de la zone couverte par le journal. Ce n'est plus le cas, les rédactions (et donc les journalistes) se sont repliés sur les villes importantes délaissant tout l'arrière-pays rural, mais SANS abandonner en même temps leurs prérogatives. Bref, il y a cumul de désavantages : il n'y a plus de qualité de traitement, les rédactions ont perdu leur relation de proximité avec de larges portions du territoire, et l'ensemble génère une énorme frustration de la part des correspondants, qui ont vraiment l'impression d'être des journalistes au rabais.

Dernier point, des blogs micro-locaux se lancent en France. Par exemple, très bientôt à Gaillac (www.gaillacinfo.fr), et d'autres sûrement à suivre.
Alain Giraudo Commentaire par Alain Giraudo le 12 Janvier 2009 à 5 29
J'ai été en poste pendant cinq ans (2001-2006), dans l'Aveyron, un département rural avec
une des plus faible densité de population de France (280.000 habs sur km²), population
vieillissante et éparpillée dans 304 communes dont une grande partie sont isolées et
difficiles d'accès. Trois quotidiens sont diffusés sur le département, un départemental
"Centre Presse" dont le siège social est à Rodez et deux départementaux "Midi Libre" dont le
siège est à Montpellier et "La Dépêche" dont le siège est à Toulouse. La diffusion
quotidienne de ces titres était environ de 22.000 ex pour CP, 10.000 ex pour ML et 5.000
pour LD. Les Aveyronnais disposent en outre de trois hebdomadaires très bien implantés dans
leur zone, "Le bulletin d'Espalion" (indépendant) qui doit être le doyen des hebdo locaux
français, "Le Journal de Millau" (groupe Midi Libre) et le "Villefranchois" (groupe La
Dépeche).

Pour ce qui concerne "Centre Presse", il y avait une trentaine de journalistes dont sept
pour l'édition à Rodez, dix-huit pour l'information locale avec des agences à
Rodez,Villefranche, Decazeville et Espalion, et cinq pour les sports à Rodez. Le maintien
d'un correspondant par commune s'avérait de plus en plus difficile en raison du
vieillissement de la population. Un certain nombre travaillaient donc pour CP et pour ML.
Ces deux journaux échangeaient aussi leurs copies sur les zones de Millau (ML vers CP),
Decazeville et Villefrance (CP vers ML). Des échanges étaient à l'étude pour les sports.

ML et LD empoyaient des effectifs comparables répartis différemment. Je crois que ces dispositifs ont été revus à la baisse, mais on doit rester dans les ratios évoqués par Jeff. Reste à savoir s'il faut se baser sur ces chiffres pour lancer un médias local. J'ai pour ma part quelques doutes. Surtout si on s'appuie pour lancer le projet sur une plateforme sociale type ning: les contributeurs non journalistes vont avoir un rôle déterminant, et le boulot de l'éditeur consistera surtout à susciter des vocations et des talents parmi des gens qui ne tiennent pas forcément à se mettre en avant pour ne pas être jalousé ou critiqué (les joies de la vie de province). Bref, je pense que la phase préparatoire pendant laquelle va être "recrutée" le noyau dur est capitale dans un tel projet parce qu'elle va ou non permettre de déclancher l'effet d'entrainement qui permettra au média de s'imposer. Pour le reste je pense que le modèle "cross medias" qui est proposé est tout à fait pertinent. Je suggèrerai simplement pour le print une orientation "dossier" ou "magazine".

Enfin les réflexions de Narvic sur l'info locale (conseil municipaux, sports...) me semble tout à fait pertinente. Mais le media local ne sera totalement pertinent que s'il n'est pas seulement un support de communication supplémentaire pour les "pouvoirs" locaux. La relation conflictuelle doit aussi être prise en compte dans l'approche du projet.
Jean-Christophe Solon Commentaire par Jean-Christophe Solon le 12 Janvier 2009 à 12 00
Attention, il y a correspondants et correpondants. D'un côté, les correspondants réguliers qui couvrent des manifestations, écrivent des articles, prennent des photoss et sont payés en retour. Ils gèrent l'agenda sur leur zone géographique, peuvent même couvrir un fait divers si besoin... Et les autres "correspondants", plus occasionnels, comme les correspondants de mairie par exemple, qui se bornent à faire suivre des communiqués officiels, les horaires des déchetteries, le planning du maire et les comptes rendus de conseils municipaux.

Pour info, chez nous (quotidien régional), nous avons 500 à 600 correspondants actifs et réguliers pour 230 journalistes professionnels.
Jeff Mignon Commentaire par Jeff Mignon le 12 Janvier 2009 à 12 12
Merci Jean-Christophe d'apporter, avec d'autres, cette précision. Nous avons prévu dans l'organisation deux niveaux de correspondants.
Christophe COQUIS Commentaire par Christophe COQUIS le 13 Janvier 2009 à 5 12
La microlocale est à mon sens une des pistes pour que la PQR puisse s'imaginer un avenir. Et le web offre cet espace. Et la PQR a une armée de correspondants pour remplir cet espace vierge (conseil municipaux, sports...). Si elle ne le fait pas, des blogueurs le feront a leur place et vont court-circuiter la PQR. Et du discours, j'en viens aux actes : je vais tenter de créer cet espace vierge de la micro-locale en créant gaillacinfo.fr, le site d'information numérique sur Gaillac et le Gaillacois (une zone de 30 000 hab.). Une expérience pour vérifier quelques intuitions sur le traitement de l'information locale dans un milieu rural. Ce site sera lancé réellement en février mais vous pouvez déjà aller voir. Un blog suivra pour relater mes retours d'expériences sur cette aventure.
Dans le village voisin Lisle sur Tarn, un habitant a fait aussi son blog d'information à voir ici.
Et des expériences de cette sorte vont à mon avis se multiplier. Un danger pour la PQR si elle ne réagit pas rapidement ;)
Emmanuelle Garnaud-Gamache Commentaire par Emmanuelle Garnaud-Gamache le 14 Janvier 2009 à 13 06
À l'occasion du lancement de son format tabloïd et de sa nouvelle formule, Presse Océan ( Nantes ) communique le chiffre suivant : 60 journalistes, 200 correspondants locaux.
Presse Océan inaugure 4 éditions : Nantes ville / Nantes Nord, Nantes sud ( vignoble ) et St Nazaire/ Presque-ile.
Jeff Mignon Commentaire par Jeff Mignon le 14 Janvier 2009 à 13 07
Merci Emmanuelle et Christophe.
Emmanuelle Garnaud-Gamache Commentaire par Emmanuelle Garnaud-Gamache le 14 Janvier 2009 à 13 08
et pour complèter l'info et permettre le calcul des ratios : Nantes agglo = 700 000 habitants environ.

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